Musicology

Internal vibrations.

08 octobre 2007

Common - Be

 

Common: the concrete lyrics.

  Common est une des figures de proue du mouvement hip hop dans les années 90, qui a toujours entretenu un flow sophistiqué d’inspiration très jazzy alors qu’à cette époque le « gangsta rap » menaçait de tout balayer sur son chemin. Ses rimes sont toujours très réfléchies et j’irais même jusqu’à dire poétiques, tout en gardant un aspect très politique, bien qu’en décalage permanent avec les tendances contemporaines. A la fin des années 90, le mouvement underground met en avant une conception un peu alternative du rap, et c’est ce qui permet de propulser Common sur le devant de la scène. Il a été non seulement encensé par les critiques mais a également su s’entourer de grands producteurs et de maisons de disques de qualité, ce qui lui a valu une bonne exposition médiatique.

 

 Common est né Lonnie Rashied Lynn dans le quartier Sud de Chicago (souvenez vous en c’est important pour la suite), quartier qui soit dit en passant est peu connu pour avoir une scène hip hop très riche. Cependant, il a travaillé dur pour devenir un MC (= Rappeur) respectable et respecté, se faisant appelé à ses débuts Common Sense, il a rapidement attiré l’attention des médias, en gagnant notamment un prix accordé par le magazine « The Source » (l’un des plus gros magazines consacré au rap aux States) aux artistes qui ne sont pas sous contrat avec une maison de disques. Sa carrière débute en 1992 avec le single « Take It EZ » qui apparaît sur son premier album « Can I Borrow A Dollar », plusieurs singles seront d’ailleurs extraits de ce premier LP dont « Breaker 1/9 » et « Soul By The Pound », qui lui ont permis de se faire un nom sur la scène rap aux pays de l’Oncle Sam, bien qu’on lui reproche un certain misogynisme. Common Sense récidive en 1994 sur le label Ruthless Record avec son album « Résurrection » qui le consacre comme la sensation underground du début des années 90, notamment pour la qualité des ses lyrics (=textes). Le titre « I Used To Love H.E.R » attire de nombreuses remarques pour sa brillante allégorie du rap qui exploite le sexe et la violence à des fins purement commerciales, ce qui lui vaut d’ailleurs un petit conflit avec Ice Cube (figure de proue du gangsta rap de la côte ouest). Suite à cette album, Common Sense change pour Common car il s’avérait qu’un groupe de ska (si quelqu’un le connaît qu’il me contacte) portait le même nom. Nouveau nom et aussi nouveau quartier puisque Common passe du South Side de Chicago à Brooklyn.

 

 Le premier album sous le nom Common sort en 1997 sous le label Relativity. « One Day It’ll All Make Sense » capitalise à lui seul toutes les énergies de la résurgence d’un hip hop conscient, c’est ainsi que l’on trouve dans l’entourage de Common des artistes tels que Lauryn Hill (chanteuse de Fugees), Q-TIP, De

La Soul

, Erykah Badu, Cee Lo Green (The Soul Machine) et aussi les Roots. Cet album a reçu un accueil très chaleureux de la part des médias et Common continue à se bâtir son image en apparaissant sur des albums d’artistes tellement prestigieux qu’ils apparaissent de leur vivant déjà au Panthéon des artistes hip hop. Common apparaît sur l’album « Soul Survivor » de Pete Rock, ainsi que sur l’album commun de Mos Def et Talib Kweli : « Blackstars », et enfin sur l’album « Things Fall Apart » des Roots. Common se rapproche du feu label Rawkus sur lequel figurait tous les plus grands artistes hip hop de la côte est, et collabore avec Sadat X sur le titre « 1-9-9-9 », qui apparaît sur la cultissime compilation « Soundbombing Vol.2 ».

Soundbombing

 Devant un artiste incontournable de la scène hip hop, Common décroche un gros contrat avec la maison de disque MCA, et travaille avec le batteur des Roots, j’ai nommé ?uestlove qui assurera la production de son projet « Like Water For Chocolate » (qui pour votre culture est inspiré du film mexicain « Como Agua Para Chocolate » un drame romantique qui vaut la peine d’être vu). Toujours est il que cet album qui sort en 2000 attire plus l’attention des projets précédents car il bénéficie de l’appui médiatique de sa maison de disque. On retrouve sur cet album des artistes de qualité, notamment Macy Gray, MC Lyte, Cee Lo Green, Mos Def, D’Angelo, le trompettiste de jazz Roy Hargrove. Parmi les singles qui ont connu un succès notable on se souviendra de « The Light » qui lui a valu une nomination aux Grammy Awards dans la catégorie Meilleur Titre Rap. Poursuivant sur sa lancée, Common participe à l’album de « No More Drama » de Mary J. Blige en 2002. Puis il sort « Electric Circus » en 2003 qui ne reste pas vraiment dans les annales.

Travaillant d’arrache pied pendant deux ans sur son nouveau projet, c’est un mai 2005 que Common sort sa nouvelle bombe très sobrement intitulé : « Be »

 

Common Be

Story_Image_thumb_becommon

 

 Après l’accueil plus que mitigé que les critiques et les fans ont réservé à « Electric Circus » il fallait impérativement que Common redresse la barre et revienne sur la voie de ce qui avait fait son succès, c'est-à-dire des rimes réfléchies et travaillées sur une inspiration très jazzy. Reste qu’il fallait trouver un producteur qui lui permette de mettre en valeur ses créations textuelles, et ce producteur il n’est pas allé le chercher bien loin puisque c’est une producteur originaire de Chicago… Kanye West.

Le décor est planté, d’un côté l’artiste qui a participé à la résurrection d’un rap conscient et de l’autre côté le producteur incontournable de ces dernières années. La sauce ne pouvait pas ne pas prendre.

 Avant de déguster, je fais le tour du propriétaire, la pochette est sobre et claire et on peut lire en petit caractère que tout ou presque et produit par Kanye West. Et il a fait les choses bien puisqu’il a ramené des amis, comme le très soulful John Legend qui assure les parties claviers des instrus de Mr West.

 Sans plus attendre je glisse le CD dans mon lecteur, et je tends l’oreille.

 On est directement mis sur orbite autour de la planète Common, l’introduction de l’album se fait à la contrebasse (ou à la basse…), qui est ensuite accompagnée de violons et d’un piano. Au bout d’une petite minute, une fois que nous sommes plongés dans cet univers très jazzy, Common pose sa voix et nous lâche un texte court mais d’une redoutable efficacité.

 Sans nous laisser le moindre répit, Common nous amène sur « The Corner » rejoint par The Lasts Poets et Kanye West. Ici et comme sur la plupart des titres de l’album l’ambiance est sobre, un petit sample de soul signé Kanye soutenu par des bonnes basses, et toujours ce flow imparable… C’est d’autant plus flagrant que désormais beaucoup d’artistes hip hop se cache derrière les instrumentales au détriment des textes (ne me dites pas que c’est les textes de « Still D.R.E » qui vous font vibrer je ne vous croierais pas). Donc tout est fait pour mettre en avant la richesse des textes de l’artiste et même si à la première écoute pas mal de choses nous échappe, on sent bien qu’il y a quelque chose de différent par rapport à ce qui est proposé d’habitude.

 L’un des titres que je préfère sur cet album, c’est « Go » et pour de nombreuses raisons. D’abord parce qu’il communique vraiment une énergie brute, ensuite parce que ça sent l’inspiration des Roots (grosse présence de percus, avec accompagnement au piano), avec ce sample qui vient répéter « Go ! » tous les 8 beats, et enfin parce que c’est une vraie réussite esthétique. Sur ce titre Kanye West vient apporter son style essentiellement sur le refrain, et ce n’est pas pour me déplaire. Réussite esthétique visuellement aussi car le clip est vraiment splendide, je crois que la technique utilisée s’apparente au morphing, et c’est remarquable.

 Autre perle de cet album, le titre « FaithFul » la recette est toujours la même mais les ingrédients sont un petit peu différents. Ici, on note la présence de John Legend et de Bilal (qui intervient de manière impressionnante à la fin du morceau soutenu par le clavier et la voix de John Legend), sur un sample de Soul passé à la moulinette par Kanye West. A la première écoute je suis resté scotché, l’ambiance à la fin du morceau transpire la soul c’est incontestable et on ne peut que saluer le travail de personne qui nous gratifie de tels morceaux et de tels lyrics, je vous laisse méditer sur celle-ci : « What you did in the past you got to live with today »

  La recette est donc efficace mais tourne parfois au vinaigre, je dois reconnaître que le titre « Testify » est de bonne facture, mais bien heureux qu’il ne dure que 2 minutes 36 car dès la deuxième écoute il devient pénible. Le sample est à mon sens utilisé de manière abusive, de telle sorte qu’on se surprend à penser qu’il y a une malfaçon (oui je sais j’exagère…)

 Bon la trajectoire est rétablie dès le titre suivant qui est tout simplement une ballade. Aussi surprenant que cela puisse paraît on peut faire du hip hop et chanter l’amour, et le titre « Love Is » en est une belle illustration. L’instru est toujours d’une grande sobriété, les basses viennent ici soutenir une mélodie cristalline sur le refrain. J’adore la petite sentence du refrain « How beautiful it be […] lovin’ you is lovin’ me ». On est vraiment plongé en pleine poésie et on se laisse vite envahir par la beauté de l’ensemble. Et alors qu’on se sent envelopper dans un doux voile de coton, Common nous lâche « Chi City », titre dédié à la ville de son enfance, et sur lequel basses et scratch nous rappellent que le rap promu par des groupes comme EPMD, A Tribe Called Quest, n’est pas mort.

 Le voyage continue avec « Real People » ou les cuivres font leur apparition. C’est une question de sensibilité musicale mais moi les cuivres ça me fait toujours vibrer, ça me rappelle les Big Band, ambiance jazzy, soul, funk… Et Common pose des textes calibrés à la milliseconde sur une instru qui est presque un hommage à la musique noire américaine, j’irais même jusqu’à dire à la culture noire américaine « Black men workin’ with white girls on the arms ».

 Pour finir, je m’attarderais sur le titre « They Say », où John Legend assure directement l’introduction pour nous mettre dans le bain et laisse ensuite Common lâcher son texte sur une instru qui diffère un peu de ce qu’on a pu entendre avant puisque John Legend se charge lui-même du refrain. On se dispense donc d’un sample Soul retravaillé par Le Maître West et à vrai dire ce n’est pas une mauvaise chose. Mais bon, on ne se débarrasse pas de Kanye comme ça, et il vient poser un couplet sur le titre.

 

 Cet album est un album plaisir, éloigné de toute logique commercial, on y parle d’amour, de violence, de politique… Bref Common revient avec un album dans la lignée de ce qui a fait son succès, très bien aidé par le producteur le plus doué de sa génération. Mais le producteur a eu la pudeur de laisser les textes de l’artiste primer sur les instrumentales.

Il n’y a pas grand à redire si ce n’est qu’on peut être rapidement lassé par la combinaison instrumentale. Après sur un album de 45 minutes, on n’a pas vraiment le temps de s’ennuyer et lorsqu’on a fini de décortiquer les intrus on peut alors prendre le temps d’analyser les textes et alors cet album prend toute sa dimension.

Posté par shakakinte à 11:03 - Concrete lyrics - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=357580&pid=6465433

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :