Musicology

Internal vibrations.

16 octobre 2007

Anthony Hamilton - Soulife

Anthony Hamilton

 

 Parmi les albums des artistes Soul contemporains, « Comin’ From Where I’m From » d’Anthony Hamilton est l’album qui a le plus saisi l’essence de l’âge d’or de la soul music à la fin des années 60 et début des années 70.

 Sa magnifique voix, riche, profonde et pleine de sensualité, ainsi que sa formidable capacité d’écriture évoquent des artistes intemporels tels que Bill Withers, Bobby Womack ou d’autres. Mais au-delà des simples « chanteurs à voix », Hamilton est un très grand musicien : auteur très prolifique, chanteur, et producteur, il est un groupe à lui tout seul !

Je me permets de le citer en anglais parce que sinon ça perd de sa valeur : "My album is honest soul music. The records are straight to the point, raw, and organic," Il ajoute, "It's not neo," "When I think of neo, I think of neon, like it's gon' glow in the dark or something. My sh*t ain't glowin' in the dark. It's just really good music."

 Hamilton travaille durement, depuis plus d’une dizaine d’années, et s’est fait de nombreux amis dans le domaine durant son parcours. Né et élevé à Charlotte en Caroline du Nord, ce résident d’Harlem se découvre une passion pour le chant grâce à ses performances à la chorale de l’église alors qu’il n’a que dix ans. Alors qu’il n’était qu’un adolescent, il gagne sa vie en chantant dans des clubs de la région, accompagnant des artistes locaux tels que Horace Brown ou encore les chanteurs du groupe Jodeci. Mais très rapidement, il ressent le besoin de voguer vers de nouveaux horizons pour pouvoir percer dans l’univers de la soul music.

 En 1993, Hamilton quitte Charlotte pour New York City, ou il signe sur le label Uptown  d’Andre Harrell, ce label étant à l’époque l’épicentre des mouvements New Jack Swing et Hip Hop – Soul naissant sous l’impulsions d’artistes tels que Jodeci, Horace Brown, Heavy D, Mary J. Blige ou encore Teddy Riley et ses groupes Blackstreet & Guy. Malheureusement pour Hamilton, son label mettra la clé sous la porte alors qu’il vient tout juste d’achever l’enregistrement de son premier album en 1995.

Il signe alors chez MCA, label sur lequel il sort son premier album en 1996. Après la sortie de l’album, Hamilton retrouve son ancien mentor chez Harrell Entertainement avant d’atterrir chez SoulLife, un label créé en 1999 par Mark Sparks et Chris Dawley tous les deux originaires de Charlotte. Mais SoulLife travaille sur la sortie d’un monument de la musique Soul : Sunshine Anderson. Anthony Hamilton retourne à l’écriture pour travailler sur un nouveau projet, mais également écrire pour des artistes dont la renommée n’est pas à faire, j’ai nommé Sunshine Anderson ou encore Donnell Jones.

hamilt_anth_cominfrom_102bC’est alors qu’en 2000, D’Angelo (les filles s'effrondent au fond... je vous vois) recrute Hamilton pour assurer les backgrounds vocaux durant sa tournée internationale « Voodoo Tour ». Cette opportunité va lui permettre de voyager tout autour de la planète, et prend beaucoup de plaisir. Mais au cours de cette tournée, le label SoulLife fait faillite, et Hamilton se retrouve au point de départ. Il commence alors à sérieusement déprimer et remet en cause sa carrière artistique. Mais il continue de travailler dur pendant les deux années suivantes notamment en assurant les backgrounds vocaux d’artistes hip hop tels que Eve (« Ride Away »), Xzibit (« The Gambler »), et 2 Pac (« Thugz Mansion »). Et finalement, en 2002, sa carrière connaît un nouveau départ en assurant le chorus du titre « Po’ Folks », le titre phare de l’album des Nappy Roots. Grâce à la contribution d’Hamilton, le titre dévient un succès presque instantanément et sera même nominée aux Grammy Awards en 2003. Le jour de cette même cérémonie le patron d’un grand label, L. Londell McMillan invite Hamilton à un brunch. Touché par le talent de l’artiste, Michael Mauldin, un vieux de la vieille qui a semble-t-il un magnifique coup d’œil pour repérer les nouveaux talents, contacte son fils, un dénommé Jermaine Dupri.

Jermaine Dupri, président du label So So Def, producteur de talent qui a révélé des groupes comme Jagged Edge, et a relancé la carrière de Mariah Carey plus récemment. Dupri rencontre Hamilton, et accède à la demande de son père en signant Hamilton sur son label en moins de 48 heures après cette première rencontre.

Hamilton a connu donc de nombreuses péripéties dans son parcours avant de connaître un succès grâce à « Comin’ From Where I’m From ».

Je cite : "Everything that's happened up until this point in my career has been preparing people for my arrival," "Back when I was signed to Uptown, my music was labeled 'alternative soul.' Now, people have reference points for my sound, so it won't be shocking or abrasive to the ear; it'll be well worth the wait."
« Comin’ From Where I’m From » est une production imaginative, pleine de sensibilité avec des textes poignants et pleins de romantisme à propos de l’amour et de la vie, et ces thèmes bien que basiques restent universels, et appréciés de tous. Cet album vient en décalage avec la tendance actuelle, les thèmes et la musicalité sont foncièrement différents, à l’opposé de ce que peuvent proposer des artistes tels que Ginuwine.

Pour venir soutenir son style inspiré directement de la soul sudiste, il emmène dans ses bagages de nombreux producteurs et musiciens qui ont croisé son chemin au cours de son début de carrière. Et ensemble, ils parviennent à créer un authentique son soul, en ressuscitant les guitares wah-wah, les riffs de piano, les chœurs, les cuivres qui avaient un peu disparus du paysage de la soul music.

Pour finir, je (re-) cite : "I wanna change the game in a way where I'm not knocking nobody out of the way, not claiming to be the best at this or that, but just doing wonders with the gift I've been given," dit-il. "I'm thankful I was standing in the way when God was throwing out musical talent, and I just wanna pass it on to the people and remain humble and shine a little bit... and smile." 

 
“Soulife” Anthony Hamilton

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Parlons d’amour…

 

                 Soulife est un album sorti en 2005 mais qui a vu le jour il y a déjà quelques années. Ce projet n’a pas pu aboutir à cause du naufrage du label sous lequel le chanteur était sous contrat. Après le succès de « Comin’ From Where I’m From », il décide de se faire plaisir et de diffuser cet album auquel il était évidemment très attaché. Il ne s’agit pas d’un album « réchauffé » puisque aucun d’un titre n’a été remanié, il s’agit plutôt du coup de cœur d’un artiste qui a connu de nombreux échecs avant de connaître le succès et qui aujourd’hui profite de sa notoriété pour nous gratifier de sons plus intimistes.

Intimiste, l’adjectif est lancé, et c’est ce qui qualifie le mieux cet album. Les thèmes sont l’amour, la vie mais aussi la souffrance, ce sont des thèmes très classiques dans la soul et c’est cette authenticité qui fait partie des charmes d’Hamilton. Dès que vous avez le disque entre vos mains, vous n’avez pas à vous attarder sur l’emballage ou le livret, il faut immédiatement insérer le disque dans votre platine et vous asseoir, pour le reste c’est Anthony Hamilton qui s’en charge. Dès la première piste, « I Used To Love Someone », vous êtes mis dans l’ambiance, la profondeur de la voix, la poésie du texte, la légèreté de la mélodie, vous êtes en train d’écouter le digne héritier de plusieurs générations de chanteurs soul. Il n’y a aucun artifice, j’irais même jusqu’à dire que ce premier titre est instrumentalement très épuré, seule la voix compte… L’atmosphère est feutrée, comme du velours mais pourtant très pesante, car si cette musique parle d’amour, elle parle surtout de la douleur et de la souffrance des relations amoureuses. Et c’est ce que l’on ressent à l’écoute de « I Cry », le ton se fait plus grave et le texte plus explicite, et pourtant tout est en harmonie. L’accompagnement est réalisé au xylophone, les basses sont lentes, il se dégage une véritable émotion de ce début d’album. Antérieur à « Comin’ From Where I’m From », « SoulLife » est un témoin encore plus fidèle de l’inspiration du chanteur et de son atmosphère. Le thème de l’amour est omniprésent et rarement pour présenter des situations joyeuses, je pense à « Clearly » ou encore à « Love And War » sur lequel chante Macy Gray. Ce morceau est plus rythmé, et instrumentalement plus riche puisqu’une partie de la mélodie est assurée par un riff à la guitare. La spécificité de ce morceau restant la rencontre de deux voix puissantes et pleines d’émotions : à partir du moment où Macy Gray attaque son couplet, on se retrouve tirailler entre la douceur de la voix d’Hamilton et la rugosité de celle de Macy. A l’image du titre (« Love & War ») ce morceau est une rencontre un peu probable entre l’eau et le feu. Pour les connaisseurs, vous reconnaîtrez la mélodie surtout à la fin de la piste qui est une pure composition de Macy Gray. « Love Is So Complicated » est un autre titre composé sur le même format, c'est-à-dire des basses lourdes et un joli riff à la guitare, on y retrouve les ingrédients de l’univers Hamilton : « Love, love is so complicated, the way that I feel about you make me wanna change my attitude. What I mean, this can’t be real, I think I want you right here, I wanna love you ». C’est simplement poétique, j’irais même jusqu’à dire romantique et c’est pour cela que c’est si beau. De nos jours, on perd ce goût des choses simples, qui nous fait ressentir ces émotions si brutes et si intenses. Musicalement, il n’y pas grand-chose à y rajouter si ce n’est que vocalement l’artiste se fait vraiment plaisir passant des aiguës aux graves avec une aisance déconcertante. Et que la rythmique est très groovy, à la fin du morceau on a vraiment la pèche, on ne sait pas vraiment pourquoi, on s’est laissé envahir par toute cette énergie.

 

… et encore d’amour

 

    L’amour, encore l’amour, toujours l’amour, mais cette fois sous une forme différente sur « Last Night » avec la participation de Sunshine Anderson. Des percussions très légères, d’un style très africain, un accompagnement très discret au xylophone, et la voix de Sunshine Anderson d’une telle sensualité qu’on en vient à regretter d’être seul à écouter ce morceau dans la froideur de l’hiver. Vous l’aurez compris, il ne s’agit plus vraiment de sentiment, mais c’est aussi ça la beauté de l’amour. Cette composition est incontestablement l’un de mes deux coups de cœur de l’album, le second étant « Balls And Chain ».

    Vous l’aurez sûrement compris dans « Balls and Chain » il n’est plus vraiment question d’amour, mais d’esclavage. Les cuivres sont continuellement présents sur ce morceau, un peu dans l’esprit Al Green. Le ton est grave, dans sa voix résonne une incommensurable tristesse qui vient vous toucher au plus profond de vous-même. L’autre aspect qui m’a séduit sur ce morceau c’est l’aspect double du chanteur dans ce morceau, il assure les couplets et les refrains et ses deux enregistrements se superposent dans des tonalités différentes. Ajoutons à cela le petit solo de guitare à la fin, ce n’est pas du Satriani mais ça fait son effet.

     Je parle beaucoup de la voix de l’artiste et peu des instruments, mais ce sont les choix de l’artiste. Sur « Georgia Parker », toujours des basses et un clavier qui se fait tellement discret qu’on a tendance à l’oublier caché derrière la voix d’Hamilton. Jolie création, légèrement agaçante car la fameuse « Georgia Parker » est évoquée avec une certaine insistance… sûrement une fille difficile à oublier ! Autre originalité, les percussions sous toutes leurs formes (ou presque) dans « Icing On A Cake », titre sur lequel la voix se fait très planante, c’est déstabilisant mais on s’y habitue. Il chante étonnamment aiguë par rapport au reste de l’album, mais cela contribue à donner à ce titre un peu à part une sensation de légèreté qui n’a rien de désagréable.

     Je finirais avec l’ultime piste d’Anthony Hamilton « Exclusively », qui est un condensé de tout ce que j’ai pu dire. Instrumentale épurée, basses lourdes, variation de tonalités de la voix, et un texte qui est une magnifique déclaration d’amour et tout cela pendant plus de six minutes. Un petit solo au clavier sur la fin, le chanteur qui rit, se fait plaisir, nous fait plaisir…c’est ça que je veux entendre!

   

    « Soulife » est un des plus beaux albums soul de ces dernières années, fidèle à lui-même Anthony Hamilton s’engage à contre courant de la tendance à actuelle en continuant de faire de la soul avec les ingrédients qui ont fait l’âge d’or de ce courant musical. Il ne manque rien, musicalement parlant on mesure tout le talent d’un artiste hors norme, et émotionnellement on ne reste pas insensible au charme de cette composition. Je recommande chaleureusement cet album tout comme tous les autres disques d’Anthony Hamilton.

Posté par shakakinte à 23:36 - Partition, clé et notes - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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