Musicology

Internal vibrations.

16 octobre 2007

Anthony Hamilton - Soulife

Anthony Hamilton

 

 Parmi les albums des artistes Soul contemporains, « Comin’ From Where I’m From » d’Anthony Hamilton est l’album qui a le plus saisi l’essence de l’âge d’or de la soul music à la fin des années 60 et début des années 70.

 Sa magnifique voix, riche, profonde et pleine de sensualité, ainsi que sa formidable capacité d’écriture évoquent des artistes intemporels tels que Bill Withers, Bobby Womack ou d’autres. Mais au-delà des simples « chanteurs à voix », Hamilton est un très grand musicien : auteur très prolifique, chanteur, et producteur, il est un groupe à lui tout seul !

Je me permets de le citer en anglais parce que sinon ça perd de sa valeur : "My album is honest soul music. The records are straight to the point, raw, and organic," Il ajoute, "It's not neo," "When I think of neo, I think of neon, like it's gon' glow in the dark or something. My sh*t ain't glowin' in the dark. It's just really good music."

 Hamilton travaille durement, depuis plus d’une dizaine d’années, et s’est fait de nombreux amis dans le domaine durant son parcours. Né et élevé à Charlotte en Caroline du Nord, ce résident d’Harlem se découvre une passion pour le chant grâce à ses performances à la chorale de l’église alors qu’il n’a que dix ans. Alors qu’il n’était qu’un adolescent, il gagne sa vie en chantant dans des clubs de la région, accompagnant des artistes locaux tels que Horace Brown ou encore les chanteurs du groupe Jodeci. Mais très rapidement, il ressent le besoin de voguer vers de nouveaux horizons pour pouvoir percer dans l’univers de la soul music.

 En 1993, Hamilton quitte Charlotte pour New York City, ou il signe sur le label Uptown  d’Andre Harrell, ce label étant à l’époque l’épicentre des mouvements New Jack Swing et Hip Hop – Soul naissant sous l’impulsions d’artistes tels que Jodeci, Horace Brown, Heavy D, Mary J. Blige ou encore Teddy Riley et ses groupes Blackstreet & Guy. Malheureusement pour Hamilton, son label mettra la clé sous la porte alors qu’il vient tout juste d’achever l’enregistrement de son premier album en 1995.

Il signe alors chez MCA, label sur lequel il sort son premier album en 1996. Après la sortie de l’album, Hamilton retrouve son ancien mentor chez Harrell Entertainement avant d’atterrir chez SoulLife, un label créé en 1999 par Mark Sparks et Chris Dawley tous les deux originaires de Charlotte. Mais SoulLife travaille sur la sortie d’un monument de la musique Soul : Sunshine Anderson. Anthony Hamilton retourne à l’écriture pour travailler sur un nouveau projet, mais également écrire pour des artistes dont la renommée n’est pas à faire, j’ai nommé Sunshine Anderson ou encore Donnell Jones.

hamilt_anth_cominfrom_102bC’est alors qu’en 2000, D’Angelo (les filles s'effrondent au fond... je vous vois) recrute Hamilton pour assurer les backgrounds vocaux durant sa tournée internationale « Voodoo Tour ». Cette opportunité va lui permettre de voyager tout autour de la planète, et prend beaucoup de plaisir. Mais au cours de cette tournée, le label SoulLife fait faillite, et Hamilton se retrouve au point de départ. Il commence alors à sérieusement déprimer et remet en cause sa carrière artistique. Mais il continue de travailler dur pendant les deux années suivantes notamment en assurant les backgrounds vocaux d’artistes hip hop tels que Eve (« Ride Away »), Xzibit (« The Gambler »), et 2 Pac (« Thugz Mansion »). Et finalement, en 2002, sa carrière connaît un nouveau départ en assurant le chorus du titre « Po’ Folks », le titre phare de l’album des Nappy Roots. Grâce à la contribution d’Hamilton, le titre dévient un succès presque instantanément et sera même nominée aux Grammy Awards en 2003. Le jour de cette même cérémonie le patron d’un grand label, L. Londell McMillan invite Hamilton à un brunch. Touché par le talent de l’artiste, Michael Mauldin, un vieux de la vieille qui a semble-t-il un magnifique coup d’œil pour repérer les nouveaux talents, contacte son fils, un dénommé Jermaine Dupri.

Jermaine Dupri, président du label So So Def, producteur de talent qui a révélé des groupes comme Jagged Edge, et a relancé la carrière de Mariah Carey plus récemment. Dupri rencontre Hamilton, et accède à la demande de son père en signant Hamilton sur son label en moins de 48 heures après cette première rencontre.

Hamilton a connu donc de nombreuses péripéties dans son parcours avant de connaître un succès grâce à « Comin’ From Where I’m From ».

Je cite : "Everything that's happened up until this point in my career has been preparing people for my arrival," "Back when I was signed to Uptown, my music was labeled 'alternative soul.' Now, people have reference points for my sound, so it won't be shocking or abrasive to the ear; it'll be well worth the wait."
« Comin’ From Where I’m From » est une production imaginative, pleine de sensibilité avec des textes poignants et pleins de romantisme à propos de l’amour et de la vie, et ces thèmes bien que basiques restent universels, et appréciés de tous. Cet album vient en décalage avec la tendance actuelle, les thèmes et la musicalité sont foncièrement différents, à l’opposé de ce que peuvent proposer des artistes tels que Ginuwine.

Pour venir soutenir son style inspiré directement de la soul sudiste, il emmène dans ses bagages de nombreux producteurs et musiciens qui ont croisé son chemin au cours de son début de carrière. Et ensemble, ils parviennent à créer un authentique son soul, en ressuscitant les guitares wah-wah, les riffs de piano, les chœurs, les cuivres qui avaient un peu disparus du paysage de la soul music.

Pour finir, je (re-) cite : "I wanna change the game in a way where I'm not knocking nobody out of the way, not claiming to be the best at this or that, but just doing wonders with the gift I've been given," dit-il. "I'm thankful I was standing in the way when God was throwing out musical talent, and I just wanna pass it on to the people and remain humble and shine a little bit... and smile." 

 
“Soulife” Anthony Hamilton

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Parlons d’amour…

 

                 Soulife est un album sorti en 2005 mais qui a vu le jour il y a déjà quelques années. Ce projet n’a pas pu aboutir à cause du naufrage du label sous lequel le chanteur était sous contrat. Après le succès de « Comin’ From Where I’m From », il décide de se faire plaisir et de diffuser cet album auquel il était évidemment très attaché. Il ne s’agit pas d’un album « réchauffé » puisque aucun d’un titre n’a été remanié, il s’agit plutôt du coup de cœur d’un artiste qui a connu de nombreux échecs avant de connaître le succès et qui aujourd’hui profite de sa notoriété pour nous gratifier de sons plus intimistes.

Intimiste, l’adjectif est lancé, et c’est ce qui qualifie le mieux cet album. Les thèmes sont l’amour, la vie mais aussi la souffrance, ce sont des thèmes très classiques dans la soul et c’est cette authenticité qui fait partie des charmes d’Hamilton. Dès que vous avez le disque entre vos mains, vous n’avez pas à vous attarder sur l’emballage ou le livret, il faut immédiatement insérer le disque dans votre platine et vous asseoir, pour le reste c’est Anthony Hamilton qui s’en charge. Dès la première piste, « I Used To Love Someone », vous êtes mis dans l’ambiance, la profondeur de la voix, la poésie du texte, la légèreté de la mélodie, vous êtes en train d’écouter le digne héritier de plusieurs générations de chanteurs soul. Il n’y a aucun artifice, j’irais même jusqu’à dire que ce premier titre est instrumentalement très épuré, seule la voix compte… L’atmosphère est feutrée, comme du velours mais pourtant très pesante, car si cette musique parle d’amour, elle parle surtout de la douleur et de la souffrance des relations amoureuses. Et c’est ce que l’on ressent à l’écoute de « I Cry », le ton se fait plus grave et le texte plus explicite, et pourtant tout est en harmonie. L’accompagnement est réalisé au xylophone, les basses sont lentes, il se dégage une véritable émotion de ce début d’album. Antérieur à « Comin’ From Where I’m From », « SoulLife » est un témoin encore plus fidèle de l’inspiration du chanteur et de son atmosphère. Le thème de l’amour est omniprésent et rarement pour présenter des situations joyeuses, je pense à « Clearly » ou encore à « Love And War » sur lequel chante Macy Gray. Ce morceau est plus rythmé, et instrumentalement plus riche puisqu’une partie de la mélodie est assurée par un riff à la guitare. La spécificité de ce morceau restant la rencontre de deux voix puissantes et pleines d’émotions : à partir du moment où Macy Gray attaque son couplet, on se retrouve tirailler entre la douceur de la voix d’Hamilton et la rugosité de celle de Macy. A l’image du titre (« Love & War ») ce morceau est une rencontre un peu probable entre l’eau et le feu. Pour les connaisseurs, vous reconnaîtrez la mélodie surtout à la fin de la piste qui est une pure composition de Macy Gray. « Love Is So Complicated » est un autre titre composé sur le même format, c'est-à-dire des basses lourdes et un joli riff à la guitare, on y retrouve les ingrédients de l’univers Hamilton : « Love, love is so complicated, the way that I feel about you make me wanna change my attitude. What I mean, this can’t be real, I think I want you right here, I wanna love you ». C’est simplement poétique, j’irais même jusqu’à dire romantique et c’est pour cela que c’est si beau. De nos jours, on perd ce goût des choses simples, qui nous fait ressentir ces émotions si brutes et si intenses. Musicalement, il n’y pas grand-chose à y rajouter si ce n’est que vocalement l’artiste se fait vraiment plaisir passant des aiguës aux graves avec une aisance déconcertante. Et que la rythmique est très groovy, à la fin du morceau on a vraiment la pèche, on ne sait pas vraiment pourquoi, on s’est laissé envahir par toute cette énergie.

 

… et encore d’amour

 

    L’amour, encore l’amour, toujours l’amour, mais cette fois sous une forme différente sur « Last Night » avec la participation de Sunshine Anderson. Des percussions très légères, d’un style très africain, un accompagnement très discret au xylophone, et la voix de Sunshine Anderson d’une telle sensualité qu’on en vient à regretter d’être seul à écouter ce morceau dans la froideur de l’hiver. Vous l’aurez compris, il ne s’agit plus vraiment de sentiment, mais c’est aussi ça la beauté de l’amour. Cette composition est incontestablement l’un de mes deux coups de cœur de l’album, le second étant « Balls And Chain ».

    Vous l’aurez sûrement compris dans « Balls and Chain » il n’est plus vraiment question d’amour, mais d’esclavage. Les cuivres sont continuellement présents sur ce morceau, un peu dans l’esprit Al Green. Le ton est grave, dans sa voix résonne une incommensurable tristesse qui vient vous toucher au plus profond de vous-même. L’autre aspect qui m’a séduit sur ce morceau c’est l’aspect double du chanteur dans ce morceau, il assure les couplets et les refrains et ses deux enregistrements se superposent dans des tonalités différentes. Ajoutons à cela le petit solo de guitare à la fin, ce n’est pas du Satriani mais ça fait son effet.

     Je parle beaucoup de la voix de l’artiste et peu des instruments, mais ce sont les choix de l’artiste. Sur « Georgia Parker », toujours des basses et un clavier qui se fait tellement discret qu’on a tendance à l’oublier caché derrière la voix d’Hamilton. Jolie création, légèrement agaçante car la fameuse « Georgia Parker » est évoquée avec une certaine insistance… sûrement une fille difficile à oublier ! Autre originalité, les percussions sous toutes leurs formes (ou presque) dans « Icing On A Cake », titre sur lequel la voix se fait très planante, c’est déstabilisant mais on s’y habitue. Il chante étonnamment aiguë par rapport au reste de l’album, mais cela contribue à donner à ce titre un peu à part une sensation de légèreté qui n’a rien de désagréable.

     Je finirais avec l’ultime piste d’Anthony Hamilton « Exclusively », qui est un condensé de tout ce que j’ai pu dire. Instrumentale épurée, basses lourdes, variation de tonalités de la voix, et un texte qui est une magnifique déclaration d’amour et tout cela pendant plus de six minutes. Un petit solo au clavier sur la fin, le chanteur qui rit, se fait plaisir, nous fait plaisir…c’est ça que je veux entendre!

   

    « Soulife » est un des plus beaux albums soul de ces dernières années, fidèle à lui-même Anthony Hamilton s’engage à contre courant de la tendance à actuelle en continuant de faire de la soul avec les ingrédients qui ont fait l’âge d’or de ce courant musical. Il ne manque rien, musicalement parlant on mesure tout le talent d’un artiste hors norme, et émotionnellement on ne reste pas insensible au charme de cette composition. Je recommande chaleureusement cet album tout comme tous les autres disques d’Anthony Hamilton.

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08 octobre 2007

Common - Be

 

Common: the concrete lyrics.

  Common est une des figures de proue du mouvement hip hop dans les années 90, qui a toujours entretenu un flow sophistiqué d’inspiration très jazzy alors qu’à cette époque le « gangsta rap » menaçait de tout balayer sur son chemin. Ses rimes sont toujours très réfléchies et j’irais même jusqu’à dire poétiques, tout en gardant un aspect très politique, bien qu’en décalage permanent avec les tendances contemporaines. A la fin des années 90, le mouvement underground met en avant une conception un peu alternative du rap, et c’est ce qui permet de propulser Common sur le devant de la scène. Il a été non seulement encensé par les critiques mais a également su s’entourer de grands producteurs et de maisons de disques de qualité, ce qui lui a valu une bonne exposition médiatique.

 

 Common est né Lonnie Rashied Lynn dans le quartier Sud de Chicago (souvenez vous en c’est important pour la suite), quartier qui soit dit en passant est peu connu pour avoir une scène hip hop très riche. Cependant, il a travaillé dur pour devenir un MC (= Rappeur) respectable et respecté, se faisant appelé à ses débuts Common Sense, il a rapidement attiré l’attention des médias, en gagnant notamment un prix accordé par le magazine « The Source » (l’un des plus gros magazines consacré au rap aux States) aux artistes qui ne sont pas sous contrat avec une maison de disques. Sa carrière débute en 1992 avec le single « Take It EZ » qui apparaît sur son premier album « Can I Borrow A Dollar », plusieurs singles seront d’ailleurs extraits de ce premier LP dont « Breaker 1/9 » et « Soul By The Pound », qui lui ont permis de se faire un nom sur la scène rap aux pays de l’Oncle Sam, bien qu’on lui reproche un certain misogynisme. Common Sense récidive en 1994 sur le label Ruthless Record avec son album « Résurrection » qui le consacre comme la sensation underground du début des années 90, notamment pour la qualité des ses lyrics (=textes). Le titre « I Used To Love H.E.R » attire de nombreuses remarques pour sa brillante allégorie du rap qui exploite le sexe et la violence à des fins purement commerciales, ce qui lui vaut d’ailleurs un petit conflit avec Ice Cube (figure de proue du gangsta rap de la côte ouest). Suite à cette album, Common Sense change pour Common car il s’avérait qu’un groupe de ska (si quelqu’un le connaît qu’il me contacte) portait le même nom. Nouveau nom et aussi nouveau quartier puisque Common passe du South Side de Chicago à Brooklyn.

 

 Le premier album sous le nom Common sort en 1997 sous le label Relativity. « One Day It’ll All Make Sense » capitalise à lui seul toutes les énergies de la résurgence d’un hip hop conscient, c’est ainsi que l’on trouve dans l’entourage de Common des artistes tels que Lauryn Hill (chanteuse de Fugees), Q-TIP, De

La Soul

, Erykah Badu, Cee Lo Green (The Soul Machine) et aussi les Roots. Cet album a reçu un accueil très chaleureux de la part des médias et Common continue à se bâtir son image en apparaissant sur des albums d’artistes tellement prestigieux qu’ils apparaissent de leur vivant déjà au Panthéon des artistes hip hop. Common apparaît sur l’album « Soul Survivor » de Pete Rock, ainsi que sur l’album commun de Mos Def et Talib Kweli : « Blackstars », et enfin sur l’album « Things Fall Apart » des Roots. Common se rapproche du feu label Rawkus sur lequel figurait tous les plus grands artistes hip hop de la côte est, et collabore avec Sadat X sur le titre « 1-9-9-9 », qui apparaît sur la cultissime compilation « Soundbombing Vol.2 ».

Soundbombing

 Devant un artiste incontournable de la scène hip hop, Common décroche un gros contrat avec la maison de disque MCA, et travaille avec le batteur des Roots, j’ai nommé ?uestlove qui assurera la production de son projet « Like Water For Chocolate » (qui pour votre culture est inspiré du film mexicain « Como Agua Para Chocolate » un drame romantique qui vaut la peine d’être vu). Toujours est il que cet album qui sort en 2000 attire plus l’attention des projets précédents car il bénéficie de l’appui médiatique de sa maison de disque. On retrouve sur cet album des artistes de qualité, notamment Macy Gray, MC Lyte, Cee Lo Green, Mos Def, D’Angelo, le trompettiste de jazz Roy Hargrove. Parmi les singles qui ont connu un succès notable on se souviendra de « The Light » qui lui a valu une nomination aux Grammy Awards dans la catégorie Meilleur Titre Rap. Poursuivant sur sa lancée, Common participe à l’album de « No More Drama » de Mary J. Blige en 2002. Puis il sort « Electric Circus » en 2003 qui ne reste pas vraiment dans les annales.

Travaillant d’arrache pied pendant deux ans sur son nouveau projet, c’est un mai 2005 que Common sort sa nouvelle bombe très sobrement intitulé : « Be »

 

Common Be

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 Après l’accueil plus que mitigé que les critiques et les fans ont réservé à « Electric Circus » il fallait impérativement que Common redresse la barre et revienne sur la voie de ce qui avait fait son succès, c'est-à-dire des rimes réfléchies et travaillées sur une inspiration très jazzy. Reste qu’il fallait trouver un producteur qui lui permette de mettre en valeur ses créations textuelles, et ce producteur il n’est pas allé le chercher bien loin puisque c’est une producteur originaire de Chicago… Kanye West.

Le décor est planté, d’un côté l’artiste qui a participé à la résurrection d’un rap conscient et de l’autre côté le producteur incontournable de ces dernières années. La sauce ne pouvait pas ne pas prendre.

 Avant de déguster, je fais le tour du propriétaire, la pochette est sobre et claire et on peut lire en petit caractère que tout ou presque et produit par Kanye West. Et il a fait les choses bien puisqu’il a ramené des amis, comme le très soulful John Legend qui assure les parties claviers des instrus de Mr West.

 Sans plus attendre je glisse le CD dans mon lecteur, et je tends l’oreille.

 On est directement mis sur orbite autour de la planète Common, l’introduction de l’album se fait à la contrebasse (ou à la basse…), qui est ensuite accompagnée de violons et d’un piano. Au bout d’une petite minute, une fois que nous sommes plongés dans cet univers très jazzy, Common pose sa voix et nous lâche un texte court mais d’une redoutable efficacité.

 Sans nous laisser le moindre répit, Common nous amène sur « The Corner » rejoint par The Lasts Poets et Kanye West. Ici et comme sur la plupart des titres de l’album l’ambiance est sobre, un petit sample de soul signé Kanye soutenu par des bonnes basses, et toujours ce flow imparable… C’est d’autant plus flagrant que désormais beaucoup d’artistes hip hop se cache derrière les instrumentales au détriment des textes (ne me dites pas que c’est les textes de « Still D.R.E » qui vous font vibrer je ne vous croierais pas). Donc tout est fait pour mettre en avant la richesse des textes de l’artiste et même si à la première écoute pas mal de choses nous échappe, on sent bien qu’il y a quelque chose de différent par rapport à ce qui est proposé d’habitude.

 L’un des titres que je préfère sur cet album, c’est « Go » et pour de nombreuses raisons. D’abord parce qu’il communique vraiment une énergie brute, ensuite parce que ça sent l’inspiration des Roots (grosse présence de percus, avec accompagnement au piano), avec ce sample qui vient répéter « Go ! » tous les 8 beats, et enfin parce que c’est une vraie réussite esthétique. Sur ce titre Kanye West vient apporter son style essentiellement sur le refrain, et ce n’est pas pour me déplaire. Réussite esthétique visuellement aussi car le clip est vraiment splendide, je crois que la technique utilisée s’apparente au morphing, et c’est remarquable.

 Autre perle de cet album, le titre « FaithFul » la recette est toujours la même mais les ingrédients sont un petit peu différents. Ici, on note la présence de John Legend et de Bilal (qui intervient de manière impressionnante à la fin du morceau soutenu par le clavier et la voix de John Legend), sur un sample de Soul passé à la moulinette par Kanye West. A la première écoute je suis resté scotché, l’ambiance à la fin du morceau transpire la soul c’est incontestable et on ne peut que saluer le travail de personne qui nous gratifie de tels morceaux et de tels lyrics, je vous laisse méditer sur celle-ci : « What you did in the past you got to live with today »

  La recette est donc efficace mais tourne parfois au vinaigre, je dois reconnaître que le titre « Testify » est de bonne facture, mais bien heureux qu’il ne dure que 2 minutes 36 car dès la deuxième écoute il devient pénible. Le sample est à mon sens utilisé de manière abusive, de telle sorte qu’on se surprend à penser qu’il y a une malfaçon (oui je sais j’exagère…)

 Bon la trajectoire est rétablie dès le titre suivant qui est tout simplement une ballade. Aussi surprenant que cela puisse paraît on peut faire du hip hop et chanter l’amour, et le titre « Love Is » en est une belle illustration. L’instru est toujours d’une grande sobriété, les basses viennent ici soutenir une mélodie cristalline sur le refrain. J’adore la petite sentence du refrain « How beautiful it be […] lovin’ you is lovin’ me ». On est vraiment plongé en pleine poésie et on se laisse vite envahir par la beauté de l’ensemble. Et alors qu’on se sent envelopper dans un doux voile de coton, Common nous lâche « Chi City », titre dédié à la ville de son enfance, et sur lequel basses et scratch nous rappellent que le rap promu par des groupes comme EPMD, A Tribe Called Quest, n’est pas mort.

 Le voyage continue avec « Real People » ou les cuivres font leur apparition. C’est une question de sensibilité musicale mais moi les cuivres ça me fait toujours vibrer, ça me rappelle les Big Band, ambiance jazzy, soul, funk… Et Common pose des textes calibrés à la milliseconde sur une instru qui est presque un hommage à la musique noire américaine, j’irais même jusqu’à dire à la culture noire américaine « Black men workin’ with white girls on the arms ».

 Pour finir, je m’attarderais sur le titre « They Say », où John Legend assure directement l’introduction pour nous mettre dans le bain et laisse ensuite Common lâcher son texte sur une instru qui diffère un peu de ce qu’on a pu entendre avant puisque John Legend se charge lui-même du refrain. On se dispense donc d’un sample Soul retravaillé par Le Maître West et à vrai dire ce n’est pas une mauvaise chose. Mais bon, on ne se débarrasse pas de Kanye comme ça, et il vient poser un couplet sur le titre.

 

 Cet album est un album plaisir, éloigné de toute logique commercial, on y parle d’amour, de violence, de politique… Bref Common revient avec un album dans la lignée de ce qui a fait son succès, très bien aidé par le producteur le plus doué de sa génération. Mais le producteur a eu la pudeur de laisser les textes de l’artiste primer sur les instrumentales.

Il n’y a pas grand à redire si ce n’est qu’on peut être rapidement lassé par la combinaison instrumentale. Après sur un album de 45 minutes, on n’a pas vraiment le temps de s’ennuyer et lorsqu’on a fini de décortiquer les intrus on peut alors prendre le temps d’analyser les textes et alors cet album prend toute sa dimension.

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06 octobre 2007

Al Green - I can't stop

 

"Je voulais que ce disque soit à la fois soul et pop"

 

L’homme, sa vie, son oeuvre

    Al Green a été le premier chanteur de soul des années 70, et reste indiscutablement le dernier grand chanteur de Soul du sud des Etats-Unis. Avec ses titres très sensuels du début des années 70.    Al Green a réalisé la connexion entre la musique Soul traditionnelle et une Soul plus douce prenant ses racines à Philadelphie (pour mémoire aujourd’hui la  Soul music continue à vivre principalement grâce à des artistes comme The Roots, Musiq Soulchild, Erikah Badu...)

    Il a intégré à sa musique des éléments de gospel, disposant d’une voix reconnaissable entre tous, et ses disques sont aujourd’hui autant reconnus pour leur production élégante alliant des chœurs sexy que pour leur cuivre toujours de grande classe. En parlant de production, on ne peut pas parler d’Al Green sans parler de son producteur, l’homme sans lequel il ne serait rien j’ai nommé Willie Mitchell le charismatique producteur de chez Hi Records. Willie Mitchell a fait d’Al Green l’un des chanteurs de Soul Music les plus populaires et les plus influants, influençant ses contemporains mais aussi des chanteurs déjà bien installés dans la légende, je pourrais nommer Marvin Gaye.

    Al Green mit fin à sa carrière alors qu’elle en était à son paroxysme, pour rejoindre les ordres… Cela n’a rien d’une blague, Al Green mit fin à sa carrière à la fin des années 70 pour devenir pasteur à Memphis. Au début de sa précoce retraite, il continua à enregistrer quelques disques mais à partir des années 80 il se consacra uniquement à la musique gospel. Il essaya de faire un petit retour dans le R’n’B sans grand succès.

    La musique d’Al Green grâce à sa force a marqué à travers les âges et nombreux sont les titres qui sont devenus de grands standards de la  musique noire américaine : voici son histoire.

 

Une ascension fulgurante…

 

Al Green est né à Forest City en 1946 dans l’Arkansas, où il a formé son premier quartet de gospel qui s’appelait The Green Brothers (à l’instar des Jackson et des Isley pour ceux qui suivent un peu ma chronique) à l’âge de neuf ans. Le groupe a effectué de nombreuses tournées dans le sud des Etats-Unis au cours des années 50 avant que sa famille ne décide de déménager dans la ville de Grand Rapid dans le Michigan. The Green Brothers ont continué à se produire dans la région de Grand Rapid mais le père retira Al du groupe lorsqu’il le surprit à écouter un disque de Jackie Wilson (qui pour les profanes a des paroles plutôt suggestives). A 16 ans, Al forma un groupe de Rythm and Blues, Al Green & The Creations, avec quelques amis du lycée et se fait remarquer par Jackie Wilson.

    Plus tard, deux membres du groupe, Curtis Rogers et Palmer James fondèrent leur propre label indépendant : Hot Line Music Journal, et produirent le groupe sur leur label. A cette époque, The Creations décidèrent de changer de nom pour le très « sexy » Soul Mates. Le premier single du groupe fut « Back Up Train » qui fut un véritable succès dans les charts, créant une véritable surprise en se plaçant à la cinquième place du charts R&B en 1968. Ils ont tenté de renouveler l’expérience mais hélas sans succès.

    En 1969, Al Green fit ce que l’on peut appeler la rencontre de sa vie, en effet il rencontra le vice-président du label Hi Records un certain Willie Mitchell trompettiste de formation.

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Impressionné par la voix vibrante d’Al Green alors qu’il était en tournée dans le Texas. Il signa alors le chanteur sur son label Hi Record (pour ceux qui ont un peu du mal à suivre) et commença la collaboration avec Al sur son premier album solo.

Sorti au début des années 70, le premier album d’Al Green intitulé « Green Is Blues » fut une véritable révolution musicale dans la mesure où il alliait la puissance des cuivres (spécialité de Willie Mitchell), la douceur des cordes à la suavité de la voix d’Al Green.

Pourtant ce premier album ne reçut pas le succès escompté, il reçut un accueil toutefois chaleureux par les critiques. Ce qui préparait le terrain pour l’album suivant (alors là sortez le surligneur car cet album vous vous devez de l’écouter), « Al Green Gets Next To You » (1970) incluant le cultissime titre « Tired Of Being Alone » (repris plus tard par des écossais nommés Texas) qui deviendra quatre fois disque d’or (excusez du peu…). « Let’s Stay Together » sorti en 1972 va asseoir la popularité d’Al Green, cet album devint numéro 8 des charts, et le titre « Let’s stay together » (que chacun de vous connaît car ce titre a été permis à une jeune artiste talentueuse de lancer sa carrière : Tina Turner, et ce titre est présent sur la  BO de Pulp Fiction) fut le premier single numéro  1.

Quelques mois après, il récidive avec « I’m Still In Love With You » qui rencontre un succès identique à l’album précédent contenant les single « Look What You Done For Me » et « I’m Still In Love With You ».

En 1973, Green est connu et reconnu comme un réel faiseur de hits incontestable, et un artiste dont la qualité est toujours constante puisque M. Al Green ne fait que de l’excellente musique. Jusqu’en 1975, il enchaîne les tubes, je peux vous citer « Call Me », « Here I am » and « Sha-La-La ». La recette est toujours là même, les cuivres et son exceptionnelle voix qui vient vous chercher au plus profond de vous-même.

 

 

Un tournant tragique dans sa carrière…

 

En octobre 1974, Al Green fut attaqué par sa propre fiancée qui le brûla au 3e degré avant de se donner la mort. Green survécut et interpréta cet événement comme un signe de Dieu, qui selon lui le rappelait dans les ordres. En 1976, il achète une chapelle à Memphis et devient pasteur. Bien qu’il soit devenu pasteur, il ne s’arrête pas de chanter et continuer à enregistrer quelques albums toujours produit par Willie Mitchell « Al Green Is Love » (1975), « Full Of Fire » (1976), « Have A Good Time » (1976).

Mais les gens commençaient à se lasser de ses sons qui devenaient de plus en plus convenus et à partir de 1976 les ventes d’album commencèrent à chuter. C’est la raison pour laquelle il décida de se séparer de Willie Mitchell en 1977 et construisit son propre studio qu’il appela très sobrement American Music. Le seul album qu’il enregistra sous ce label est « The Belle Album » un album bien plus intime que les précédents mais fut un véritable échec. Puis en 1979, à la fin d’un concert à Cincinnati Al Green se blessa très grièvement. Interprétant ce signe comme un signe de Dieu (encore une fois), Green se retira définitivement de la musique pour se consacrer essentiellement à la religion. C’est la raison pour laquelle les albums qu’il enregistra lors des années 80 furent essentiellement des albums de gospel. On peut noter la collaboration en 1982 avec Patti Labelle sur l’album Your Arms Too Short To Box With God.

En 1985, il se réconcilie avec Willie Mitchell pour « He Is The Light » un album toujours aussi Gospel.

Mais Green revint à ses premiers amours en 1988, en chantant « Put A Little Love In Your Heart » avec Annie Lennox (la chanteuse des Eurythmics… Sweat dreams are made of these…). Quatre ans plus tard, il enregistre son premier album R&B depuis 1978 qui ne restera pas vraiment dans les annales. Puis en 1995, il sort un nouvel album « Your Heart’s In Good Hands » qui ne reçoit pas l’accueil attendu.

En 2003, Al Green se remet sérieusement au travail en compagnie de son ami Willie Mitchell pour un album très attendu intitulé « I can’t stop »…

 

« I can’t stop » par Al Green (2003)

 

A 57 ans, le rI_cant_sto_m871861évérend Al Green a donc décidé de délaisser sa paroisse de Memphis pour enregistrer un nouvel album au studio Royal Recording. Derrière les manettes, on retrouve le légendaire producteur Willie Mitchell, responsable des plus grands disques du chanteur: Gets Next to You, Let's Stay Together...

Pour son 1er album publié chez Blue Note (Label de Blues et de Jazz très célèbre ayant signé Norah Jones mais encore bien d’autres vedettes comme Anita Baker, Miles Davis, Chet Baker…) Al Green signe un chef d'oeuvre de toute beauté. Avec l'aide de Mitchell, il parvient à recréer ce son sexy et sophistiqué qui a fait sa légende. Sa voix brille à nouveau de mille feux et on se laisse bercer par ces douze nouvelles compositions aux harmonies seventies. Avec I Can't Stop, Al Green s'offre une cure de jouvence baignée de soul, funk et blues.

Bon voilà pour l’approche journalistique, maintenant ouvrons la boîte et concentrons-nous sur l’aspect artistique et émotionnel de l’œuvre.

Avant même d’avoir inséré le CD dans mon mange disque préféré, je m’arrête quelques minutes pour regarder l’emballage. Il est évident que le contenant est moins important que le contenu mais il permet au moins d’annoncer la couleur… qui concernant cet album tend vers le jaune orangée, nous voilà donc replongé dans les 70’s, la pochette est simple mais efficace, un petit peu psychédélique.  Au dos, sa seigneurie pas de fioritures le phare d’un magnifique cabriolet américain des années 70 ça ne s’invente pas.

Bon je ne tiens plus, il faut que j’écoute le CD, je le connais par cœur mais je ne m’en lasse pas.

Pour donner un rapide aperçu, je serais bref, le grand Al Green est de retour et il vous le fait savoir !

Le premier titre « I can’t stop » attaque directement à la batterie et aux cuivres : le ton est donné. Et après 20 petites secondes d’introduction votre souffle s’arrête, vos pouls s’accélère vous rentrez en communion avec le maître de la musique soul......et tout d’un coup vous comprenez son pouvoir : sa voix. Après une si longue absence, j’avais fini par l’oublier mais sa voix est une véritable perle qui vient vous prendre au plus profond de vous-même. « I can’t stop » est un titre à double sens dans la mesure où l’on se doute bien qu’après plus de 30 ans de silence ça devait bien le démanger de revenir en studio, mais c’est aussi une magnifique chanson d’amour qui vient directement s’inscrire dans la lignée de « Let’s stay together ».

Les cuivres sont vraiment la clé du succès de cet album, chaque piste est une véritable surprise auditive, ça me rappelle la grande époque du funk après les cuivres d’Earth Wind and Fire, mais dans le cas présent l’ambiance est plus feutrée, plus « smooth » comme on dit au pays de l’Oncle Sam. Et les cuivres sont présents sur des jolies ballades rythmées par une batterie toujours efficace et des cuivres omniprésents (vous savez Willie Mitchell trompettiste de formation…). Je pense par exemple à « Play To Win » ou les cuivres apparaissent lorsque Al reprend son souffle.

Parfois, ce sont des cordes qui viennent pimenter la sauce, sur la piste 4 intitulée « I’ve been waitin’ you », on retrouve une rythmique funk, très propre qui vient supporter les cuivres et l’inévitable batterie. Cette alchimie musicale est plus qu’un bonheur c’est une invitation au voyage, vous êtes propulsé dans cette Amérique des années 70 au plein cœur du Tennesse roulant dans cette magnifique décapotable, un sourire niait sur vos lèvres vous êtes heureux, Al Green vous porte. Alchimie, je l’ai dit, alchimie je le répète parce que pendant ces 53 minutes et 33 secondes on ne s’ennuie à aucun moment, chaque piste est une véritable surprise qu’on prend plaisir à découvrir puis découvrir de nouveau. Car il y a toujours un petit détail que vous n’aviez pas remarqué, ainsi sur la piste « Million to One », la batterie annonce le rythme appuyée par des maracas, à Memphis ils sont vraiment très forts ! Une minute, vous fermez les yeux, vous y êtes de nouveau dans votre costume assis au volant de votre cabriolet, vous écoutez, non, vous savourez Al Green qui chante l’amour. Car rappelons le Al Green chante Dieu le dimanche mais sur cet album il chante l’amour, un amour frais, un amour heureux.

Ce qui m’a frappé lors des premières écoutes c’est l’absence de backgrounds vocaux, parce que dans la majorité des disques actuels, il y a des backgrounds pour palier un peu la légèreté de la voix de l’artiste. Dans ce disque, il y a très peu de voix d’accompagnement car Al Green a une présence vocale écrasante, c’est incontestable. Toutefois, sur « I’d Still Choose You » il est accompagné très justement c'est-à-dire juste assez mais pas trop, et la magie prend encore et toujours.

Deux titres sont un peu atypiques sur cet album, ce sont « It’s rainin’ in my heart » et « Not tonight », qui sont nettement plus lentes et nettement plus tristes. Et croyez moi, lorsque Al Green décide de transmettre une émotion, vous vous asseyez et vous vous laissez bercer.

Car ces deux chansons chantent l’amour, mais un amour nettement moins gai.

Et lorsque je vous disais que la musique est émotion, ces deux chansons sont les illustrations parfaites de ma théorie. Sur « It’s rainin’ in my heart », l’introduction et l’accompagnement au piano effacent un peu les cuivres et les cordes (pourtant présents) pour un titre d’une pure beauté. A la première écoute, ce titre m’a pris au plus profond de moi-même… Le looser qui sommeille en moi essayait de mettre des images sur ce son : et voilà ce que j’ai vu. L’eau coulant sur mes joues, une fille qui s’éloigne, la solitude, on a cette incommensurable sensation de vide, Al Green vous plonge dans un romantisme que vous ne soupçonniez même pas en vous. Pour « Not tonight » la recette est exactement la même, l’introduction se fait au piano c’est pas du Bach mais c’est tout de même terriblement efficace, les cuivres assurent l’ambiance, et toujours cette voix qui vient vous arracher une larme…

 Alors que j’écris, je m’interroge sur ce qui fait l’originalité de cet album et de cet homme, et je crois que j’ai trouvé. Ca va plus loin que la musique, ça touche cette part de vous qui est resté un peu naïve, je vous parle de romantisme, évidemment pas des histoires fleur bleue dont vous matraque Hollywood. Non, je vous parle du romantisme, dans toute sa beauté, Al Green transcende l’amour, il lui donne sa voix et on a envie d’y croire, de s’y abandonner. Je crois que j’aborde le cœur de mon sujet, la musique est ici bien plus que des fréquences, du bois, des cuivres, c’est un message qui vient vous prendre au plus profond de vous, dont vous êtes le seul destinataire car chacun lis le message de manière différente. Je sens bien que j’abandonne à des divagations qui s’éloignent nettement du domaine musical mais voilà la vraie magie de la musique !

Puisqu’il faut conclure, je dirais que Al Green a signé en 2003 un retour extraordinaire grâce à « I can’t stop ». Il a montré que la soul music était toujours en vie et qu’il en était l’une des légendes vivantes. Il est surprenant que de telles sonorités puissent encore nous surprendre à l’heure où les productions Soul/ R’n’B s’électronisent et se complexifient au possible. On revient avec cet album aux racines de la soul music, des instruments (qui l’eut cru), une voix, des textes… une émotion. Alors embarquez avec Al Green sur le « Love Boat » et laissez vous envahir par la pureté de la sensibilité d'un dieu vivant.

Posté par shakakinte à 14:05 - Soulful - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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