Musicology

Internal vibrations.

02 novembre 2007

Luther Vandross - Dance With My Father

Disparition d'un génie:

Le 1er Juillet 2005, mon cœur s'arrête de battre… Je viens d'apprendre que Luther Vandross vient de s'éteindre à l'âge de 54 ans.
Qui est Luther Vandross  me demanderez vous ?

A l'instar de Stevie Wonder ou Prince, Luther Vandross fait partie de ces individus qui ont fait évoluer la musique noire américaine. Il fut l'un des auteurs / compositeurs / interprètes les plus populaires des années 80. Mais contrairement aux artistes que j'ai pu citer Luther Vandross s'est toujours refusé de céder aux appels de la sirène de la pop. Il y viendra plus tard à la fin des années 80. On ne peut pas présenter Luther Vandross sans utiliser le terme ténor qui lui sied si bien. C'est cette qualité vocale parfois qualifiée d'élastique qui lui a valu un grand succès commercial dès le début de sa carrière dans les années 70. Au court des années 70 il enregistre deux albums sous le pseudonyme « Luther » , enregistrant avec les groupes funk Roundtree et Change et participant vocalement à certains hits du groupe Chic.

En 1981, Vandross signe dans la maison de disque Epic et le premier album qu'il enregistre « Never too much » se classe au sommet des charts américains et s'écoule à plus de deux millions d'exemplaires. Le titre du même nom que l'album « Never Too Much » s'est classé numéro un et a atteint le Top 40 des titres pop, ce qui pour un titre R'n'B est plutôt exceptionnel. Très rapidement Luther Vandross décide de se mettre à la production, il produira de nombreux artistes tels que Aretha Franklin (pour laquelle il a écrit et produit Jump To It) ou encore Diana Ross tout en poursuivant sa carrière de chanteur.

Ses albums Forever, For Always, For Love (1982), Busy Body (1983), The Night I Fell In Love (1985), Give Me The Reason (1986) et Any Love (1988) se sont tous vendus à plusieurs millions d'exemplaires et de nombreux titres extraits de ces albums sont devenus de grands classiques du Rythm and Blues.

Sa carrière connut son tournant majeur en 1989 lorsque Epic décide de sortir « The Best Of Luther Vandross » une compilation de ses meilleurs titres incluant quelques inédits tel que « Here And Now ». Ce titre le propulsa sur le devant de la scène pop puisqu'il se classa dans le très exigeant Top Ten des titres pop américains dans lequel figurait Phil Collins avec « In The Air Tonight » et Madonna avec « Like a Prayer »...
L'album de la consécration est Power Of Love (1991) sur lequel figurent « Power Of Love / Love Power » et « Don't Want to Be a Fool ».
Vandross réapparaît l'année suivante avec le titre “The Best Things In Life Are Free” un duo avec Janet Jackson, ce titre figure sur la bande originale du film Mo' Money (film avec en tête d'affiche les frères Wayans qui ne restera pas vraiment dans les annales)

Sa carrière connaît un petit moment d'arrêt en 1993, puisque son album « Never Let Me Go » ne reçoit pas l'accueil escompté bien qu'il soit de très bonne facture. Mais il se reprend (commercialement parlant j'entends…) l'année suivante avec l'album « Songs » qui contient le hit interplanétaire « Endless Love » en duo avec Mariah Carey alors au sommet de sa carrière. Ce titre est sûrement l'une des plus belles balades jamais écrites, s'appuyant sur la performance vocale de ces deux artistes d'exception.
Luther Vandross ne s'arrête pas là puisqu'en 1996 il sort « This is Christmas » et « Your Secret Love » en 1997, ces deux albums s'écouleront aussi à plusieurs millions d'exemplaires.

Après un an de pause, il revient l'année suivante avec « I Know », « Smooth Love » suit deux ans après, Luther Vandross apparaissant sur le label J Record au printemps 2001. Sont présents sur J Records des artistes comme Alicia Keys (« Song in A minor » en 2001 et «  The Diary of Alicia Keys » en 2004, Angie Stone…)
Jamais à court d'inspiration, à la fin de l'année 2002 Luther Vandross contacte le patron de J Record car il vient d'écrire la chanson de sa carrière selon lui et il voulait que tout le monde le sache, ce titre s'appelle « Dance With My Father », un hommage à son père, présent sur l'album du même nom et qui deviendra la pièce maîtresse de sa carrière (je reviendrai dessus dans la suite de mon article). L'excitation du chanteur pour ce projet était aisément palpable dans chacune de ses interviews mais le 16 Avril 2003, Luther Vandross tombe dans le coma suite à une sérieuse attaque cérébrale. Le monde de la musique est ému, il reçoit pour l'occasion un Grammy Award qui vient récompenser le sublime titre « Dance With My Father » qui s'est classé numéro un des charts américains dès le moment où le titre a été diffusé.

Après une longue hospitalisation, Luther Vandross se rétablit et finit d'écrire l'album « Dance With My Father », selon lui son album le plus personnel. Cet album est plus qu'un succès il devient une référence à un tel point qu'à sa sortie certains lancements d'albums concurrents sont retardés.
Jamais vraiment remis de l'attaque dont il a été victime en 2003, fortement affaibli et ayant pris beaucoup de poids, Luther Vandross s'éteint le 1er Juillet 2005 à l'âge de 54 ans emportant avec lui sa joie de vivre, sa voix et son inégalable talent.

« Dance With My Father » par Luther Vandross

Le dernier et sans contexte le plus complet des albums écrits et produits par Luther Vandross. Au premier contact, c'est-à-dire visuellement cet album inspire la simplicité, la pochette est simple, je dirais même intime. Un portrait de Luther Vandross sur un fond plutôt sombre, le décor est déjà posé il s'agit là d'un album qui respire la simplicité et la douceur sans même en avoir écouté les premières notes.

Côté face, quatorze titres dont cinq en duo, ma première impression a été que cela semblait un peu excessif de chanter un quart des titres en duo, mais à l'écoute nous verrons qu'il ne s'agit pas vraiment de duo excepté la participation de Beyoncé Knowles que je n'ai pas besoin de présenter.

Il ne reste plus qu'à se laisser porter par la voix de Luther Vandross, avec respect je glisse le disque dans mon lecteur.
Dès le premier titre « If I didn't know better », nous sommes transportés par la richesse, des basses délicates, un accompagnement au piano plutôt simple et… l'incomparable voix de Lutehr Vandross. Je pense que lorsqu'on ne connaît pas le chanteur c'est la première chose qui nous marque, c'est la profondeur de sa voix, ce ton grave et feutré qui semble vous chuchoter un secret délicatement au creux de votre oreille.
Sans surprise le thème de cet album est l'amour, à près tout il s'agit là de Soul Music, quoique cet album sonne très Rythm And Blues, mais connaissant la carrière de Luther Vandross on ne peut pas être surpris qu'il s'agisse là d'amour, un amour suave et délicat. Sur lequel on se laisse promener jusqu'à la quatorzième piste sans vraiment se rendre compte que le temps passe.

Un voyage que l'on n'hésite pas à recommencer pour en explorer les moindres détails.
La clé de voûte de cet album est le morceau « Dance With My Father », qui est un hommage à son père disparu. Si musicalement on peut parler d'alchimie, je pense que ce morceau en est proche à tel point qu'on se surprend facilement à verser quelques larmes. Tout est dans la simplicité, l'accompagnement est au piano, de temps à autre viennent de légers claquements de doigts pour soutenir les basses, et encore et toujours la voix du ténor, seul puisque sur ce morceau qui se veut délibérément intime il n'y a pas de chœur. On atteint cette limite où l'on ne parle plus vraiment de musique mais plutôt d'émotion, ce morceau d'une manière ou d'une autre vient vous toucher, vous parler… chacun en a ensuite une interprétation personnelle mais personne ne peut rester insensible.
Deuxième morceau qui a connu un grand succès lors de la sortie de l'album, figurant également sur l'album « Dangerously In Love » de Beyoncé Knowles, il s'agit de « The Closer I Get To You ». Un titre qui dure 6 minutes et 26 secondes et dont l'introduction fait 1 minute 20. Cette introduction entièrement au piano (très présent sur l'album) et à la guitare basse, vient reprendre le thème de la chanson concernant uniquement les basses, puisque après les violons soutiennent les voix des deux artistes. Le thème est encore et toujours l'amour, magnifique histoire d'amour impossible, il faut reconnaître que Beyoncé montre sur ce titre l'étendue de son talent, et prouve que vocalement elle est vraiment la meilleure loin sur la scène R&B loin devant les marionnettes qui lui servent de concurrentes (J Lo celle là elle est pour toi…). Il m'est difficile de commenter ces morceaux parce qu'à mon sens ils se dispensent de mots, il faut écouter et se laisser flotter par la chaleur de la voix de Beyoncé et la sensualité du ténor. Ce morceau vient prouver, s'il en était encore besoin, que Luther Vandross est un excellent producteur et un très bon musicien, car actuellement peu d'albums Soul / R&B sont musicalement aussi riches, les producteurs actuels privilégient les sons plus électroniques.

Au milieu de cette magnifique playlist, un titre semble un peu incongru. J'avoue avoir froncé légèrement les sourcils lorsque j'ai vu que sur le sixième titre Busta Rhymes venait poser quelques rimes. Le titre s'appelle « Lovely Day » (reprise de notre ami Bill Withers), Busta Rhymes s'occupe de l'introduction avec beaucoup d'humour, le morceau est rythmé, les basses sont appuyées, un clavier est toujours présent dans le background, donc jusqu'ici pas de grande surprise ! Et la surprise vient de Busta Rhymes qui nous a habitué à du brutal, pour ne pas dire carrément violent et qui vient poser sur ce morceau comme on brode de la dentelle. Il faut admettre que c'est propre, Busta Rhymes a l'élégance de se dispenser de toute vulgarité, je dois dire que je suis autant surpris qu'émerveillé par le talent de ce rappeur qui nous montre une capacité d'adaptation surprenante. Le mélange des genres est donc réussi, le morceau vous arrache un petit sourire et vous aide à bien commencer la journée lorsque vous êtes un peu dans la brume le matin.

Les deux autres invités sur cet album sont Foxy Brown et Queen Latifah. La participation de Miss Foxy n'était pas vraiment nécessaire, le morceau manque d'originalité et j'ai du mal à accrocher au rap pourtant rugueux de Foxy Brown. C'est une question de goût mais sur un album d'aussi bonne facture on ne peut pas se contenter de quelque chose de moyen. Pourtant la production est de bonne qualité, mêlant quelques scratches élégants à un petit riff de guitare dynamique et un chœur bien en place, mais à mon sens Foxy Brown n'a pas su être à la hauteur. Le tir est corrigé avec la participation de Queen Latifah (chanteuse, actrice,…) sur une production électronique, Luther Vandross donne une petite leçon à la nouvelle génération. La recette est la même, un riff de guitare (donnant dans les aigus), des basses accompagnées de sons électroniques, des chœurs très présents sur le refrain, des variations de rythmes parfois osées mais toujours dans une très grande sobriété, on reste loin des instrumentales surchargées des producteurs actuels. Ce morceau rentre tout à fait dans le moule des tubes Hip Hop / R&B, je m'explique : c'est un morceau R&B sans contexte mais les basses ont été appuyées, le rythme un peu accéléré afin de permettre à l'artiste hip hop de dire ce qu'il a à dire à la fin du morceau c'est un concept utilisé et usé jusqu'à la moelle, par exemple le titre « Home Alone » de R.Kelly est conçu sur le même modèle.
L'album est une succession de titres très bien écrits, composés et arrangés, « Buy Me A Rose » et son refrain imparable, « Apologize » et son accompagnement à la guitare en arpège, sont autant d'exemples permettant d'illustrer la qualité du dernier album d'un grand nom de la musique Soul et qui a contribué à faire du Rythm And Blues ce qu'il est aujourd'hui.
Je finirais sur mon coup de cœur, le morceau  « Once were lovers » car je trouve qu'il s'agit d'un vrai bijou de production. Lors de l'introduction on peut entendre des percussions qui nous emportent avec douceur tout au long du morceau, puis de temps à autre interviennent les claquements de doigts pour soutenir Luther. Sur le refrain un chœur féminin discret mais efficace et pour conclure un joli solo à l'harmonica à la fin du morceau. Je pense bien l'avoir écouté quatre ou cinq fois pour pouvoir en faire un commentaire correct mais à chaque fois je découvre un nouvel aspect.

Luther Vandross est une légende dans le monde de la Soul Music d'une part par ses qualités vocales et d'autre part parce qu'il a participé à l'évolution du style au court de ses trente dernières années. Avant de nous quitter il nous a offert « Dance With My Father », un album plein d'émotions et musicalement très riche. Au revoir Luther…

Posté par shakakinte à 15:50 - R&B - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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