02 novembre 2007
Tribute To Marvin Gaye
Cet article me tient particulièrement à coeur dans la mesure où il concerne un artiste qui me fascine. Il me fascine pour de nombreuses raisons, par sa complexité car au travers de sa musique il a essayé de dévoiler toutes ses facettes même les plus torturées, par son engagement en se battant contre les inégalités sociales, mais aussi par son pouvoir presque surnaturel sur les représentantes de la gent féminine (écoutez la version live de « Distant Lover » et vous comprendrez). Il est difficile de comprendre le travail de Marvin Gaye si l’on ne connaît pas sa vie…
Marvin Gaye
Artiste mondialement connu grâce à son titre « Sexual Healing » l’ensemble de son œuvre reste pourtant méconnu du grand public. C’est la raison pour laquelle j’ai ce mois-ci décidé de dédier ma rubrique à cet immense artiste qu’est Marvin Gaye.
Marvin Gaye est l’un des artistes les plus talentueux, visionnaires jamais lancés par la Motown (label noir américain ayant lancé des artistes comme les Jackson 5, Diana Ross, Stevie Wonder, Boyz II Men..). Marvin Gaye est l’un des artistes qui a participé à l’évolution de la musique noire américaine, musicalement mais aussi politiquement. Ambassadeur d’un R&B plutôt propre sur lui mais très intense, il a ensuite évolué en chanteur de Soul music sophistiquée et profondément impliquée politiquement, livrant dans chaque chanson une partie de lui-même. Son travail n’a pas seulement redéfini la soul music en tant que puissance créatrice mais aussi étendue son impact en tant qu’acteur d’un changement social.
Marvin Pentz Gay, Junior (à l’instar de son héro Sam Cooke, Marvin a ajouté un « e » à la fin de son nom de scène) est né le 2 Avril 1939 à Washington, D.C. Le deuxième des trois enfants de la famille du révérend Marvin Gay Senior, qui officiait dans la « Maison de Dieu », une secte chrétienne très conservatrice qui mêlait des éléments de l’orthodoxie, du judaïsme et qui imposait un code de conduite très stricte à ses adeptes puisque les vacances étaient interdites. Le jeune Marvin commença à chanter à l’âge de trois ans à l’église, et devint rapidement le soliste du chœur. Plus tard il se mit au piano et à la batterie, et la musique devint l’échappatoire des cauchemars quotidiens que lui faisaient endurer son père qui le battit durant toute son enfance.
Après avoir obtenu son baccalauréat, Gaye s’enrôla dans l’US Air Force ; et à la fin de son temps de service retourna à Washington et commença à chanter dans des groupes de plus ou moins bon niveau, occasionnellement il se joignit au « Rainbows » qui semblaient rencontrer un succès local assez important. Avec l’aide de leur mentor Bo Diddley,, les Rainbows sortirent un single sur le petit label Okeh, ce qui leur permit d’attirer l’attention de chanteur Harvey Fuqua, qui en 1958 recruta le groupe pour assurer les backgrounds vocaux de son prochain album, les « Rainbows » devinrent les « Moonglows ».
Après avoir déménagé sur Chicago, les Moonglows enregistrèrent quelques titres pour « Chess », inclua le superbe « Mama Loocie » en 1959. Lors d’une tournée dans le MidWest des Etats-Unis, le groupe se produisit à Detroit où Marvin Gaye l’élégant ténor et ses trois octaves vocaux gagna l’intérêt de Berry Gordy Jr qui le signa à la Motown en 1961.
Il débuta sa carrière à la Motown en devenant le batteur occasionnel de Smokey Robinson & The Miracles, LA star de la motown de ce début des années 60. A l’occasion d’une session d’enregistrement il fit la connaissance de la sœur de Gordy, Anna qu’il épousa en fin d’année 61. Essayant de lancer sa carrière solo, Marvin Gaye travailla énormément pour trouver sa voix et plusieurs titres furent de cuisants échecs. Finalement c’est à la quatrième tentative qu’il parvint à se faire remarquer avec le titre « Stubborn Kind Of Fellow » en 1962. Le succès arriva en 1963 avec « Hitch Hike » et surtout « Can I Get A Witness » qui reste comme le premier grand tube de Marvin Gaye, se classa dans le Top 30.
Il enchaîna la même année avec « Pride and Joy », qui se placa dans le Top 10. Gaye se vit endosser le rôle de chanteur R&B policé, et son désir était de devenir un crooner délivrant de suaves et romantiques ballades, allant à contre courant de la politique de la Motown qui n’avait pour priorité de classer ses artistes dans les sharts. Et cette bataille entre les exigences de la Motown et ses désirs artistiques allait continuer de la tirailler pendant encore de nombreuses années.
Avec « Together » (1964), une compilation de titres en duo avec la chanteuse Mary Wells, Gaye sortit son premier album à succès puisqu’il fût classé dans les sharts, cet album contenant quelques perles « Once Upon A Time », et « What’s The Matter With You, Baby ? » qui rencontrèrent un vif succès. Mais poussé par le désir de donner à sa carrière solo un élan significatif, Gaye continua d’enregistrer des titres dont « Ain’t That Peculiar », « I’ll Be Doggone » et « How Sweet It Is » qui se classèrent de le Top Ten dès leur sortie en 1964 et restent des classiques de l’artiste. Au total, au cours de l’année 1965 il plaça 39 de ses titres dans le très « select » Top 40 de la Motown, et beaucoup de ces titres avaient été écrits et arrangés par ses soins. Avec Kim Weston, le deuxième de ses plus importants partenaires vocaux il signa « It Takes Two », un titre dont la profondeur n’a d’égal que la pureté de la voix de cet artiste hors du commun.
Quoiqu’il en soit ses plus beaux duos furent enregistrés avec Tammi Terrell, avec laquelle il signa une grande série de hits tels que « Ain’t No Mountain High Enough », « Your Precious Love » suivi en 1968 de « Ain’t Nothing Like The Real Thing » et « You’re All I Need To Get By » (tous présents sur le Best Of de l’artiste sorti en 2002). Mais cette combinaison magique connut une fin tragique puisque en 1967 lors d’un concert en Virginie, Tammi s’effondra dans les bras de Marvin Gaye. Atteint d’une tumeur au cerveau, elle fut contrainte de mettre fin à sa carrière et s’éteignit le 16 Mars 1970. Sa maladie et sa disparition affectèrent profondément Marvin Gaye qui renoua avec le succès en 1968 avec l’un des plus beaux titres qu’il n’ait jamais chanté « I Heard It Through The Grapevine ».
En même temps, Marvin Gaye fut confronté à de nombreux problèmes personnels notamment son mariage qui peu à peu sombrait. Il trouvait aussi que les exigences de la Motown était de plus en plus déphasées par rapport à la réalité des changements que connaissait la nation depuis quelques années. C’est la raison pour laquelle après avoir émis « Too Busy Thinking About My Baby » et « That’s The Way Love Is », il sortit volontairement du système pendant l’année 1970. Il refit surface en 1971 avec l’album autoproduit « What’s Going On ? » , qui abordait des sujets profonds et venait musicalement trancher avec ce que Marvin Gaye avait pu faire jusqu’à présent. Cet album changea à jamais la face de la musique noire américaine. Musicalement il donna aux percussions une grande importance en laissant la part belle à des compositions très jazzy, ce qui produisait un son remarquablement fluide et très « soulful ». « What’s Going ? » est la pièce maîtresse de l’œuvre de Marvin Gaye, qui dévoila les croyances les plus profondes de l’artistes et reste un témoignage poignant de l’engagement politique de l’artiste contre la pauvreté, la discrimination, la consommation de drogue, la corruption des hommes politiques (alors que nous sommes en pleine Guerre Froide…). L’un de ses titres phares concernent la guerre du Vietnam, dans lequel il adopte, sous la forme d’un témoignage, le point de vue de son frère Frankie lui-même soldat récemment revenu du front.
L’ambition et la complexité de « What’s Going On ? » mirent une claque à Berry Gordy qui initialement avait refusé de diffuser l’album ; et il finit par céder bien qu’il reconnut ne pas comprendre le sens de cet album ( ???). Gaye jubila lorsque le titre « What’s Going On » extrait de l’album de même nom vint se classer deuxième des sharts de l’année 1971, suivit la même année de « Mercy Mercy Me (The Ecology) » et « Inner City Blues (Make Me Wanna Holler) ». Le succès de cet album permit à Gaye de garder le contrôle de son travail sur les albums suivants et permit à d’autres artistes de la Motown d’obtenir plus de libertés artistiquement, ou alors comme Stevie Wonder de prendre le contrôle de leur avenir musical.
C’est ainsi que 1972, Gaye changea encore de direction acceptant de tourner le policier (purement blaxploitation) « Trouble Man ». Le bande original de ce film fût axée sur un effort instrumental plus que vocal, révélant l’intérêt croissant de l’artiste pour le jazz.
L’érotisme de son œuvre atteint son paroxysme en 1973 dans l’album on ne peut plus explicite « Let’s Get It On », un des plus albums les plus chargés en connotations sexuelles jamais enregistré par l’artiste jusqu’à présent. Cet album est un intense travail de luxure et de désir, et il devint l’album qui rencontra le plus grand succès commercial de toute sa carrière. « Let’s Get It On » marqua également un autre changement dans l’évolution des textes de Marvin Gaye, passant de son intense engagement politique à des textes profondément personnels souvent introspectifs. Après avoir travaillé avec Diana Ross pour une série de duo en 1973, il se concentra ses efforts sur un nouvel album solo « I Want You » (popularisé sur l’album du chanteur R&B Montell Jordan dans son album « Let’s Ride »). La sortie de cet album dut être repoussé à cause de la procédure de divorce engagée par sa femme au cours de l’année 1975. La dissolution du mariage plongea Marvin Gaye dans une spirale infernale, et il passa la plus grande partie de son temps au tribunal au cours des années 70. Pour palier l’absence de Marvin des studios, la Motown sortit un album Live en 1977, qui lança le très disco (et purement commercial) titre « Got To Give It Up » (repris avec succès par Aaliyah sur son album « One In A Million »).
Le jugement de la cours contraignit Gaye à payer des substantifiques indemnités à sa femme, ce qui l’obligea à sortir un nouvel album dont toutes les royalties seraient reversées à son ex femme. En 1978 il sortit donc un double album intitulé « Here » et « My Dear » qui abordaient tous les deux sa tumultueuse relation de couple, à tel point que son ex femme estima que ces albums représentaient une entrave à se vie privée (c’est dire…).
En temps, Marvin se remaria et commença l’écriture d’un nouvel album « Lover Man », mais se projet échoua. En effet le single « Ego Tripping Out » (qui fut le titre le plus personnel de Marvin dans lequel il livrait les deux parties de lui-même : l’aspect spirituel et l’apect sexuel) reçut un accueil très froid de la part du public ce qui provoqua l’annulation de l’album.
Ses problèmes de drogue grandissant, son mariage avec sa nouvelle femme Janis commença à battre de l’aile, il déménagea alors à Hawaii dans l’attente de se sortir de ses affaires personnelles.
En 1981, ses difficultés financières persistant, et la pression du fisc américain se faisant de plus en plus pesante, Gaye s’exile en Europe où il commence à travailler sur l’ambitieux projet « In Our Lifetime » qui est une profonde réflexion philosophique, ce projet attise les tensions en Gaye et la Motown déjà exacerbées par l’édition par la fameuse major d’un album de remixes de l’artiste sans son consentement. De plus, Gaye fait souligner que ces remixes altèrent nettement la qualité de son travail, et ne sont qu’une parodie de sa propre musique. Par conséquent il file chez l’ennemi… c'est-à-dire Columbia en 1982, bien que son comportement soit du plus en plus erratique, il continue de se battre contre sa dépendance à la cocaïne et fait un retour triomphant grâce à l’album « Midnight Love », et s’assure les grâces du public en signant le superbe « Sexual Healing ». Ce titre permit à Marvin Gaye de revenir sur le devant de la scène, et en 1983 il se réconcilia avec Berry Gordy en apparaissant à un show télévisé célébrant l’anniversaire de la Motown. La même année, il interpréta l’hymne national américain lors du All Star Game (match de Gala regroupant les meilleurs joueurs de la ligue de basketball américain), cette interprétation de « Star Spangled Banner » fût sûrement l’une des plus controversées mais aussi légendaires que l’on n’est jamais eu à entendre. Cette apparition scénique fut la dernière de Marvin Gaye.
En effet, les lumières de la scène, et son retour à la popularité le firent replonger dans la cocaïne ; et finalement ses démons le contraindrent à refouler le sol américain, où il emménagea au domicile de ses parents afin de reprendre le contrôle de sa vie. Tragiquement, son retour à la maison ne fit qu’exacerber cette spirale qui le plongea dans une grave dépression, et Gaye menaça de se suicider à de nombreuses reprises. Finalement, le 1er Avril 1984 la veille de son 45e anniversaire, une violente querelle éclata entre son père et lui, et suite à cette altercation Marvin Gaye Senior abattit son fils d’un coup de fusil.
La mort de l’artiste provoqua instantanément une réévaluation de son travail, et le grand public redécouvrit avec plaisir l’album « What’s Going On ? », qui reste l’un des albums les plus marquants de la Soul / R&B moderne. C’est en 1987 qu’il entra au « Hall Of Fame » des stars de la musique, il avait ainsi gagné sa place au panthéon auprès de plus grands.
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