02 novembre 2007
Tribute To Marvin Gaye
Cet article me tient particulièrement à coeur dans la mesure où il concerne un artiste qui me fascine. Il me fascine pour de nombreuses raisons, par sa complexité car au travers de sa musique il a essayé de dévoiler toutes ses facettes même les plus torturées, par son engagement en se battant contre les inégalités sociales, mais aussi par son pouvoir presque surnaturel sur les représentantes de la gent féminine (écoutez la version live de « Distant Lover » et vous comprendrez). Il est difficile de comprendre le travail de Marvin Gaye si l’on ne connaît pas sa vie…
Marvin Gaye
Artiste mondialement connu grâce à son titre « Sexual Healing » l’ensemble de son œuvre reste pourtant méconnu du grand public. C’est la raison pour laquelle j’ai ce mois-ci décidé de dédier ma rubrique à cet immense artiste qu’est Marvin Gaye.
Marvin Gaye est l’un des artistes les plus talentueux, visionnaires jamais lancés par la Motown (label noir américain ayant lancé des artistes comme les Jackson 5, Diana Ross, Stevie Wonder, Boyz II Men..). Marvin Gaye est l’un des artistes qui a participé à l’évolution de la musique noire américaine, musicalement mais aussi politiquement. Ambassadeur d’un R&B plutôt propre sur lui mais très intense, il a ensuite évolué en chanteur de Soul music sophistiquée et profondément impliquée politiquement, livrant dans chaque chanson une partie de lui-même. Son travail n’a pas seulement redéfini la soul music en tant que puissance créatrice mais aussi étendue son impact en tant qu’acteur d’un changement social.
Marvin Pentz Gay, Junior (à l’instar de son héro Sam Cooke, Marvin a ajouté un « e » à la fin de son nom de scène) est né le 2 Avril 1939 à Washington, D.C. Le deuxième des trois enfants de la famille du révérend Marvin Gay Senior, qui officiait dans la « Maison de Dieu », une secte chrétienne très conservatrice qui mêlait des éléments de l’orthodoxie, du judaïsme et qui imposait un code de conduite très stricte à ses adeptes puisque les vacances étaient interdites. Le jeune Marvin commença à chanter à l’âge de trois ans à l’église, et devint rapidement le soliste du chœur. Plus tard il se mit au piano et à la batterie, et la musique devint l’échappatoire des cauchemars quotidiens que lui faisaient endurer son père qui le battit durant toute son enfance.
Après avoir obtenu son baccalauréat, Gaye s’enrôla dans l’US Air Force ; et à la fin de son temps de service retourna à Washington et commença à chanter dans des groupes de plus ou moins bon niveau, occasionnellement il se joignit au « Rainbows » qui semblaient rencontrer un succès local assez important. Avec l’aide de leur mentor Bo Diddley,, les Rainbows sortirent un single sur le petit label Okeh, ce qui leur permit d’attirer l’attention de chanteur Harvey Fuqua, qui en 1958 recruta le groupe pour assurer les backgrounds vocaux de son prochain album, les « Rainbows » devinrent les « Moonglows ».
Après avoir déménagé sur Chicago, les Moonglows enregistrèrent quelques titres pour « Chess », inclua le superbe « Mama Loocie » en 1959. Lors d’une tournée dans le MidWest des Etats-Unis, le groupe se produisit à Detroit où Marvin Gaye l’élégant ténor et ses trois octaves vocaux gagna l’intérêt de Berry Gordy Jr qui le signa à la Motown en 1961.
Il débuta sa carrière à la Motown en devenant le batteur occasionnel de Smokey Robinson & The Miracles, LA star de la motown de ce début des années 60. A l’occasion d’une session d’enregistrement il fit la connaissance de la sœur de Gordy, Anna qu’il épousa en fin d’année 61. Essayant de lancer sa carrière solo, Marvin Gaye travailla énormément pour trouver sa voix et plusieurs titres furent de cuisants échecs. Finalement c’est à la quatrième tentative qu’il parvint à se faire remarquer avec le titre « Stubborn Kind Of Fellow » en 1962. Le succès arriva en 1963 avec « Hitch Hike » et surtout « Can I Get A Witness » qui reste comme le premier grand tube de Marvin Gaye, se classa dans le Top 30.
Il enchaîna la même année avec « Pride and Joy », qui se placa dans le Top 10. Gaye se vit endosser le rôle de chanteur R&B policé, et son désir était de devenir un crooner délivrant de suaves et romantiques ballades, allant à contre courant de la politique de la Motown qui n’avait pour priorité de classer ses artistes dans les sharts. Et cette bataille entre les exigences de la Motown et ses désirs artistiques allait continuer de la tirailler pendant encore de nombreuses années.
Avec « Together » (1964), une compilation de titres en duo avec la chanteuse Mary Wells, Gaye sortit son premier album à succès puisqu’il fût classé dans les sharts, cet album contenant quelques perles « Once Upon A Time », et « What’s The Matter With You, Baby ? » qui rencontrèrent un vif succès. Mais poussé par le désir de donner à sa carrière solo un élan significatif, Gaye continua d’enregistrer des titres dont « Ain’t That Peculiar », « I’ll Be Doggone » et « How Sweet It Is » qui se classèrent de le Top Ten dès leur sortie en 1964 et restent des classiques de l’artiste. Au total, au cours de l’année 1965 il plaça 39 de ses titres dans le très « select » Top 40 de la Motown, et beaucoup de ces titres avaient été écrits et arrangés par ses soins. Avec Kim Weston, le deuxième de ses plus importants partenaires vocaux il signa « It Takes Two », un titre dont la profondeur n’a d’égal que la pureté de la voix de cet artiste hors du commun.
Quoiqu’il en soit ses plus beaux duos furent enregistrés avec Tammi Terrell, avec laquelle il signa une grande série de hits tels que « Ain’t No Mountain High Enough », « Your Precious Love » suivi en 1968 de « Ain’t Nothing Like The Real Thing » et « You’re All I Need To Get By » (tous présents sur le Best Of de l’artiste sorti en 2002). Mais cette combinaison magique connut une fin tragique puisque en 1967 lors d’un concert en Virginie, Tammi s’effondra dans les bras de Marvin Gaye. Atteint d’une tumeur au cerveau, elle fut contrainte de mettre fin à sa carrière et s’éteignit le 16 Mars 1970. Sa maladie et sa disparition affectèrent profondément Marvin Gaye qui renoua avec le succès en 1968 avec l’un des plus beaux titres qu’il n’ait jamais chanté « I Heard It Through The Grapevine ».
En même temps, Marvin Gaye fut confronté à de nombreux problèmes personnels notamment son mariage qui peu à peu sombrait. Il trouvait aussi que les exigences de la Motown était de plus en plus déphasées par rapport à la réalité des changements que connaissait la nation depuis quelques années. C’est la raison pour laquelle après avoir émis « Too Busy Thinking About My Baby » et « That’s The Way Love Is », il sortit volontairement du système pendant l’année 1970. Il refit surface en 1971 avec l’album autoproduit « What’s Going On ? » , qui abordait des sujets profonds et venait musicalement trancher avec ce que Marvin Gaye avait pu faire jusqu’à présent. Cet album changea à jamais la face de la musique noire américaine. Musicalement il donna aux percussions une grande importance en laissant la part belle à des compositions très jazzy, ce qui produisait un son remarquablement fluide et très « soulful ». « What’s Going ? » est la pièce maîtresse de l’œuvre de Marvin Gaye, qui dévoila les croyances les plus profondes de l’artistes et reste un témoignage poignant de l’engagement politique de l’artiste contre la pauvreté, la discrimination, la consommation de drogue, la corruption des hommes politiques (alors que nous sommes en pleine Guerre Froide…). L’un de ses titres phares concernent la guerre du Vietnam, dans lequel il adopte, sous la forme d’un témoignage, le point de vue de son frère Frankie lui-même soldat récemment revenu du front.
L’ambition et la complexité de « What’s Going On ? » mirent une claque à Berry Gordy qui initialement avait refusé de diffuser l’album ; et il finit par céder bien qu’il reconnut ne pas comprendre le sens de cet album ( ???). Gaye jubila lorsque le titre « What’s Going On » extrait de l’album de même nom vint se classer deuxième des sharts de l’année 1971, suivit la même année de « Mercy Mercy Me (The Ecology) » et « Inner City Blues (Make Me Wanna Holler) ». Le succès de cet album permit à Gaye de garder le contrôle de son travail sur les albums suivants et permit à d’autres artistes de la Motown d’obtenir plus de libertés artistiquement, ou alors comme Stevie Wonder de prendre le contrôle de leur avenir musical.
C’est ainsi que 1972, Gaye changea encore de direction acceptant de tourner le policier (purement blaxploitation) « Trouble Man ». Le bande original de ce film fût axée sur un effort instrumental plus que vocal, révélant l’intérêt croissant de l’artiste pour le jazz.
L’érotisme de son œuvre atteint son paroxysme en 1973 dans l’album on ne peut plus explicite « Let’s Get It On », un des plus albums les plus chargés en connotations sexuelles jamais enregistré par l’artiste jusqu’à présent. Cet album est un intense travail de luxure et de désir, et il devint l’album qui rencontra le plus grand succès commercial de toute sa carrière. « Let’s Get It On » marqua également un autre changement dans l’évolution des textes de Marvin Gaye, passant de son intense engagement politique à des textes profondément personnels souvent introspectifs. Après avoir travaillé avec Diana Ross pour une série de duo en 1973, il se concentra ses efforts sur un nouvel album solo « I Want You » (popularisé sur l’album du chanteur R&B Montell Jordan dans son album « Let’s Ride »). La sortie de cet album dut être repoussé à cause de la procédure de divorce engagée par sa femme au cours de l’année 1975. La dissolution du mariage plongea Marvin Gaye dans une spirale infernale, et il passa la plus grande partie de son temps au tribunal au cours des années 70. Pour palier l’absence de Marvin des studios, la Motown sortit un album Live en 1977, qui lança le très disco (et purement commercial) titre « Got To Give It Up » (repris avec succès par Aaliyah sur son album « One In A Million »).
Le jugement de la cours contraignit Gaye à payer des substantifiques indemnités à sa femme, ce qui l’obligea à sortir un nouvel album dont toutes les royalties seraient reversées à son ex femme. En 1978 il sortit donc un double album intitulé « Here » et « My Dear » qui abordaient tous les deux sa tumultueuse relation de couple, à tel point que son ex femme estima que ces albums représentaient une entrave à se vie privée (c’est dire…).
En temps, Marvin se remaria et commença l’écriture d’un nouvel album « Lover Man », mais se projet échoua. En effet le single « Ego Tripping Out » (qui fut le titre le plus personnel de Marvin dans lequel il livrait les deux parties de lui-même : l’aspect spirituel et l’apect sexuel) reçut un accueil très froid de la part du public ce qui provoqua l’annulation de l’album.
Ses problèmes de drogue grandissant, son mariage avec sa nouvelle femme Janis commença à battre de l’aile, il déménagea alors à Hawaii dans l’attente de se sortir de ses affaires personnelles.
En 1981, ses difficultés financières persistant, et la pression du fisc américain se faisant de plus en plus pesante, Gaye s’exile en Europe où il commence à travailler sur l’ambitieux projet « In Our Lifetime » qui est une profonde réflexion philosophique, ce projet attise les tensions en Gaye et la Motown déjà exacerbées par l’édition par la fameuse major d’un album de remixes de l’artiste sans son consentement. De plus, Gaye fait souligner que ces remixes altèrent nettement la qualité de son travail, et ne sont qu’une parodie de sa propre musique. Par conséquent il file chez l’ennemi… c'est-à-dire Columbia en 1982, bien que son comportement soit du plus en plus erratique, il continue de se battre contre sa dépendance à la cocaïne et fait un retour triomphant grâce à l’album « Midnight Love », et s’assure les grâces du public en signant le superbe « Sexual Healing ». Ce titre permit à Marvin Gaye de revenir sur le devant de la scène, et en 1983 il se réconcilia avec Berry Gordy en apparaissant à un show télévisé célébrant l’anniversaire de la Motown. La même année, il interpréta l’hymne national américain lors du All Star Game (match de Gala regroupant les meilleurs joueurs de la ligue de basketball américain), cette interprétation de « Star Spangled Banner » fût sûrement l’une des plus controversées mais aussi légendaires que l’on n’est jamais eu à entendre. Cette apparition scénique fut la dernière de Marvin Gaye.
En effet, les lumières de la scène, et son retour à la popularité le firent replonger dans la cocaïne ; et finalement ses démons le contraindrent à refouler le sol américain, où il emménagea au domicile de ses parents afin de reprendre le contrôle de sa vie. Tragiquement, son retour à la maison ne fit qu’exacerber cette spirale qui le plongea dans une grave dépression, et Gaye menaça de se suicider à de nombreuses reprises. Finalement, le 1er Avril 1984 la veille de son 45e anniversaire, une violente querelle éclata entre son père et lui, et suite à cette altercation Marvin Gaye Senior abattit son fils d’un coup de fusil.
La mort de l’artiste provoqua instantanément une réévaluation de son travail, et le grand public redécouvrit avec plaisir l’album « What’s Going On ? », qui reste l’un des albums les plus marquants de la Soul / R&B moderne. C’est en 1987 qu’il entra au « Hall Of Fame » des stars de la musique, il avait ainsi gagné sa place au panthéon auprès de plus grands.
Luther Vandross - Dance With My Father
Disparition d'un génie:
Le 1er Juillet 2005, mon cœur s'arrête de battre… Je viens d'apprendre que Luther Vandross vient de s'éteindre à l'âge de 54 ans.
Qui est Luther Vandross me demanderez vous ?
A l'instar de Stevie Wonder ou Prince, Luther Vandross fait partie de ces individus qui ont fait évoluer la musique noire américaine. Il fut l'un des auteurs / compositeurs / interprètes les plus populaires des années 80. Mais contrairement aux artistes que j'ai pu citer Luther Vandross s'est toujours refusé de céder aux appels de la sirène de la pop. Il y viendra plus tard à la fin des années 80. On ne peut pas présenter Luther Vandross sans utiliser le terme ténor qui lui sied si bien. C'est cette qualité vocale parfois qualifiée d'élastique qui lui a valu un grand succès commercial dès le début de sa carrière dans les années 70. Au court des années 70 il enregistre deux albums sous le pseudonyme « Luther » , enregistrant avec les groupes funk Roundtree et Change et participant vocalement à certains hits du groupe Chic. En 1981, Vandross signe dans la maison de disque Epic et le premier album qu'il enregistre « Never too much » se classe au sommet des charts américains et s'écoule à plus de deux millions d'exemplaires. Le titre du même nom que l'album « Never Too Much » s'est classé numéro un et a atteint le Top 40 des titres pop, ce qui pour un titre R'n'B est plutôt exceptionnel. Très rapidement Luther Vandross décide de se mettre à la production, il produira de nombreux artistes tels que Aretha Franklin (pour laquelle il a écrit et produit Jump To It) ou encore Diana Ross tout en poursuivant sa carrière de chanteur. Ses albums Forever, For Always, For Love (1982), Busy Body (1983), The Night I Fell In Love (1985), Give Me The Reason (1986) et Any Love (1988) se sont tous vendus à plusieurs millions d'exemplaires et de nombreux titres extraits de ces albums sont devenus de grands classiques du Rythm and Blues. Sa carrière connut son tournant majeur en 1989 lorsque Epic décide de sortir « The Best Of Luther Vandross » une compilation de ses meilleurs titres incluant quelques inédits tel que « Here And Now ». Ce titre le propulsa sur le devant de la scène pop puisqu'il se classa dans le très exigeant Top Ten des titres pop américains dans lequel figurait Phil Collins avec « In The Air Tonight » et Madonna avec « Like a Prayer »... Sa carrière connaît un petit moment d'arrêt en 1993, puisque son album « Never Let Me Go » ne reçoit pas l'accueil escompté bien qu'il soit de très bonne facture. Mais il se reprend (commercialement parlant j'entends…) l'année suivante avec l'album « Songs » qui contient le hit interplanétaire « Endless Love » en duo avec Mariah Carey alors au sommet de sa carrière. Ce titre est sûrement l'une des plus belles balades jamais écrites, s'appuyant sur la performance vocale de ces deux artistes d'exception. Après un an de pause, il revient l'année suivante avec « I Know », « Smooth Love » suit deux ans après, Luther Vandross apparaissant sur le label J Record au printemps 2001. Sont présents sur J Records des artistes comme Alicia Keys (« Song in A minor » en 2001 et « The Diary of Alicia Keys » en 2004, Angie Stone…) Après une longue hospitalisation, Luther Vandross se rétablit et finit d'écrire l'album « Dance With My Father », selon lui son album le plus personnel. Cet album est plus qu'un succès il devient une référence à un tel point qu'à sa sortie certains lancements d'albums concurrents sont retardés.
L'album de la consécration est Power Of Love (1991) sur lequel figurent « Power Of Love / Love Power » et « Don't Want to Be a Fool ».
Vandross réapparaît l'année suivante avec le titre “The Best Things In Life Are Free” un duo avec Janet Jackson, ce titre figure sur la bande originale du film Mo' Money (film avec en tête d'affiche les frères Wayans qui ne restera pas vraiment dans les annales)
Luther Vandross ne s'arrête pas là puisqu'en 1996 il sort « This is Christmas » et « Your Secret Love » en 1997, ces deux albums s'écouleront aussi à plusieurs millions d'exemplaires.
Jamais à court d'inspiration, à la fin de l'année 2002 Luther Vandross contacte le patron de J Record car il vient d'écrire la chanson de sa carrière selon lui et il voulait que tout le monde le sache, ce titre s'appelle « Dance With My Father », un hommage à son père, présent sur l'album du même nom et qui deviendra la pièce maîtresse de sa carrière (je reviendrai dessus dans la suite de mon article). L'excitation du chanteur pour ce projet était aisément palpable dans chacune de ses interviews mais le 16 Avril 2003, Luther Vandross tombe dans le coma suite à une sérieuse attaque cérébrale. Le monde de la musique est ému, il reçoit pour l'occasion un Grammy Award qui vient récompenser le sublime titre « Dance With My Father » qui s'est classé numéro un des charts américains dès le moment où le titre a été diffusé.
Jamais vraiment remis de l'attaque dont il a été victime en 2003, fortement affaibli et ayant pris beaucoup de poids, Luther Vandross s'éteint le 1er Juillet 2005 à l'âge de 54 ans emportant avec lui sa joie de vivre, sa voix et son inégalable talent.
« Dance With My Father » par Luther Vandross
Le dernier et sans contexte le plus complet des albums écrits et produits par Luther Vandross. Au premier contact, c'est-à-dire visuellement cet album inspire la simplicité, la pochette est simple, je dirais même intime. Un portrait de Luther Vandross sur un fond plutôt sombre, le décor est déjà posé il s'agit là d'un album qui respire la simplicité et la douceur sans même en avoir écouté les premières notes. Côté face, quatorze titres dont cinq en duo, ma première impression a été que cela semblait un peu excessif de chanter un quart des titres en duo, mais à l'écoute nous verrons qu'il ne s'agit pas vraiment de duo excepté la participation de Beyoncé Knowles que je n'ai pas besoin de présenter. Il ne reste plus qu'à se laisser porter par la voix de Luther Vandross, avec respect je glisse le disque dans mon lecteur. Un voyage que l'on n'hésite pas à recommencer pour en explorer les moindres détails. Au milieu de cette magnifique playlist, un titre semble un peu incongru. J'avoue avoir froncé légèrement les sourcils lorsque j'ai vu que sur le sixième titre Busta Rhymes venait poser quelques rimes. Le titre s'appelle « Lovely Day » (reprise de notre ami Bill Withers), Busta Rhymes s'occupe de l'introduction avec beaucoup d'humour, le morceau est rythmé, les basses sont appuyées, un clavier est toujours présent dans le background, donc jusqu'ici pas de grande surprise ! Et la surprise vient de Busta Rhymes qui nous a habitué à du brutal, pour ne pas dire carrément violent et qui vient poser sur ce morceau comme on brode de la dentelle. Il faut admettre que c'est propre, Busta Rhymes a l'élégance de se dispenser de toute vulgarité, je dois dire que je suis autant surpris qu'émerveillé par le talent de ce rappeur qui nous montre une capacité d'adaptation surprenante. Le mélange des genres est donc réussi, le morceau vous arrache un petit sourire et vous aide à bien commencer la journée lorsque vous êtes un peu dans la brume le matin. Les deux autres invités sur cet album sont Foxy Brown et Queen Latifah. La participation de Miss Foxy n'était pas vraiment nécessaire, le morceau manque d'originalité et j'ai du mal à accrocher au rap pourtant rugueux de Foxy Brown. C'est une question de goût mais sur un album d'aussi bonne facture on ne peut pas se contenter de quelque chose de moyen. Pourtant la production est de bonne qualité, mêlant quelques scratches élégants à un petit riff de guitare dynamique et un chœur bien en place, mais à mon sens Foxy Brown n'a pas su être à la hauteur. Le tir est corrigé avec la participation de Queen Latifah (chanteuse, actrice,…) sur une production électronique, Luther Vandross donne une petite leçon à la nouvelle génération. La recette est la même, un riff de guitare (donnant dans les aigus), des basses accompagnées de sons électroniques, des chœurs très présents sur le refrain, des variations de rythmes parfois osées mais toujours dans une très grande sobriété, on reste loin des instrumentales surchargées des producteurs actuels. Ce morceau rentre tout à fait dans le moule des tubes Hip Hop / R&B, je m'explique : c'est un morceau R&B sans contexte mais les basses ont été appuyées, le rythme un peu accéléré afin de permettre à l'artiste hip hop de dire ce qu'il a à dire à la fin du morceau c'est un concept utilisé et usé jusqu'à la moelle, par exemple le titre « Home Alone » de R.Kelly est conçu sur le même modèle.
Dès le premier titre « If I didn't know better », nous sommes transportés par la richesse, des basses délicates, un accompagnement au piano plutôt simple et… l'incomparable voix de Lutehr Vandross. Je pense que lorsqu'on ne connaît pas le chanteur c'est la première chose qui nous marque, c'est la profondeur de sa voix, ce ton grave et feutré qui semble vous chuchoter un secret délicatement au creux de votre oreille.
Sans surprise le thème de cet album est l'amour, à près tout il s'agit là de Soul Music, quoique cet album sonne très Rythm And Blues, mais connaissant la carrière de Luther Vandross on ne peut pas être surpris qu'il s'agisse là d'amour, un amour suave et délicat. Sur lequel on se laisse promener jusqu'à la quatorzième piste sans vraiment se rendre compte que le temps passe.
La clé de voûte de cet album est le morceau « Dance With My Father », qui est un hommage à son père disparu. Si musicalement on peut parler d'alchimie, je pense que ce morceau en est proche à tel point qu'on se surprend facilement à verser quelques larmes. Tout est dans la simplicité, l'accompagnement est au piano, de temps à autre viennent de légers claquements de doigts pour soutenir les basses, et encore et toujours la voix du ténor, seul puisque sur ce morceau qui se veut délibérément intime il n'y a pas de chœur. On atteint cette limite où l'on ne parle plus vraiment de musique mais plutôt d'émotion, ce morceau d'une manière ou d'une autre vient vous toucher, vous parler… chacun en a ensuite une interprétation personnelle mais personne ne peut rester insensible.
Deuxième morceau qui a connu un grand succès lors de la sortie de l'album, figurant également sur l'album « Dangerously In Love » de Beyoncé Knowles, il s'agit de « The Closer I Get To You ». Un titre qui dure 6 minutes et 26 secondes et dont l'introduction fait 1 minute 20. Cette introduction entièrement au piano (très présent sur l'album) et à la guitare basse, vient reprendre le thème de la chanson concernant uniquement les basses, puisque après les violons soutiennent les voix des deux artistes. Le thème est encore et toujours l'amour, magnifique histoire d'amour impossible, il faut reconnaître que Beyoncé montre sur ce titre l'étendue de son talent, et prouve que vocalement elle est vraiment la meilleure loin sur la scène R&B loin devant les marionnettes qui lui servent de concurrentes (J Lo celle là elle est pour toi…). Il m'est difficile de commenter ces morceaux parce qu'à mon sens ils se dispensent de mots, il faut écouter et se laisser flotter par la chaleur de la voix de Beyoncé et la sensualité du ténor. Ce morceau vient prouver, s'il en était encore besoin, que Luther Vandross est un excellent producteur et un très bon musicien, car actuellement peu d'albums Soul / R&B sont musicalement aussi riches, les producteurs actuels privilégient les sons plus électroniques.
L'album est une succession de titres très bien écrits, composés et arrangés, « Buy Me A Rose » et son refrain imparable, « Apologize » et son accompagnement à la guitare en arpège, sont autant d'exemples permettant d'illustrer la qualité du dernier album d'un grand nom de la musique Soul et qui a contribué à faire du Rythm And Blues ce qu'il est aujourd'hui.
Je finirais sur mon coup de cœur, le morceau « Once were lovers » car je trouve qu'il s'agit d'un vrai bijou de production. Lors de l'introduction on peut entendre des percussions qui nous emportent avec douceur tout au long du morceau, puis de temps à autre interviennent les claquements de doigts pour soutenir Luther. Sur le refrain un chœur féminin discret mais efficace et pour conclure un joli solo à l'harmonica à la fin du morceau. Je pense bien l'avoir écouté quatre ou cinq fois pour pouvoir en faire un commentaire correct mais à chaque fois je découvre un nouvel aspect.
Luther Vandross est une légende dans le monde de la Soul Music d'une part par ses qualités vocales et d'autre part parce qu'il a participé à l'évolution du style au court de ses trente dernières années. Avant de nous quitter il nous a offert « Dance With My Father », un album plein d'émotions et musicalement très riche. Au revoir Luther…
Note à caractère informatif
Très chers lecteurs:
Avant de vous offrir une nouvelle contribution musicale je voulais juste ouvrir une petite parenthèse.
Je fais ce blog parce que j'aime la musique, jusqu'ici je n'apprends rien à personne. Cependant, chacun de ces articles me demandent du temps et de l'énergie. C'est un travail auquel je tiens, et il m'est d'autant plus agréable lorsque je lis de sympathiques commentaires à ce sujet.
Malgré cela, je vous serais reconnaissant de bien vouloir me contacter si vous avez l'intention d'exploiter ces articles que ce soit à des fins personnelles ou publiques (diffusion sur d'autres blogs).
Merci et bonne lecture,
Shaka.



