Musicology

Internal vibrations.

25 novembre 2007

Cee-Lo Green Is The Soul Machine

   La musique est une introspection. Elle n’est ni force, ni esprit, elle existe par le sentiment qu’elle inspire. C’est à travers nos sentiments que la musique vit. Elle matérialise notre sensibilité et peut-être même un peu plus, elle se matérialise en chacun d’entre nous, en nous faisant vibrer, en nous faisant adhérer à un rythme, en exprimant au fond de nous ce qui par essence ne se définit pas.
   
   J’aime à trouver dans ces quelques phrases la raison de la diversité des goûts musicaux, de l’attirance pour telle ou telle sonorité, ou encore de la profondeur que l’on accorde à certains artistes et pas à d’autres... Bien sûr, tout cela en faisant fi de toute une série de paramètres socioculturels qui sont bien évidemment d’un poids conséquent dans ce que l’on pourrait appeler le conditionnement de l’oreille musicale, et la construction d’une sensibilité propre à chacun.

   Ma sensibilité a une couleur mais plusieurs voix. Elle a ses repères, qui aiment parfois être bousculés, perturbés, interrogés. Alors tout comme je vous présente des références qui ne sont plus vraiment de première fraîcheur, je m’attellerai à introduire des artistes qui bousculent un peu les normes, qui ouvrent de nouveaux horizons et qui permettent à la musique de se décloisonner et qui font qu’au moment de choisir le style de l’artiste, on réfléchit et on se rend compte qu’on ne parvient pas à la parquer tranquillement dans un champ musical. Bon, cela va sans dire je n’irai pas jusqu’à vous présenter les nouveautés de rap bulgare sur des instrumentales de polka endiablées, ces artistes font partie du paysage, vous en avez d’ailleurs sûrement entendu parlé, ne serait-ce qu’une fois, et malheureusement vous ne les connaissez pas assez. Alors faisons ensemble un bon vers ces contrées musicales pas assez explorées et ouvrons bien les oreilles, le reste importe peu (gardez quand même les yeux ouverts jusqu’à la fin de l’article...).

Cee-Lo Green de la folie au génie...

   Cee-Lo Green de son vrai nom Thomas DeCarlo Callaway est né un 30 Mai de l’année 1976 dans la charmante ville de Savannah en Géorgie. Petite parenthèse géographique, la principale ville de cet état sudiste est Atlanta, je tiens juste à le souligner car cela aura son importance un peu plus tard. Cee-Lo fait ses premières armes à l’église du village avant de débuter une carrière musicale à l’âge de 20ans, cependant il refuse lui même de se décrire comme un artiste, mais plutôt comme un touche à tout. En effet, Cee-Lo est incontestablement un homme de projet, un original qui se laisse guider au fil des opportunités et des diverses illuminations.

   Marqué par le hip-hop, la soul, le gospel et des touches de rythm & blues, Cee-Lo a à coeur de semer la confusion sur son parcours musical et se construit une identité musicale qui fait de lui un artiste inclassable.

   La carrière musicale de Cee-Lo commence avec le groupe Goodie Mob composé des rappeurs Big Gipp, T-Mo et Khujo, au sein duquel il montre ses capacités vocales hors du commun (écouter “The Damn” sur Still Standing: aussi bien rappeur que chanteur il balaie l’étendue des possibles et bouscule certaines conventions. En 1995, avec l’album Soul Food les Goodie Mobb affirme une identité sudiste marquée par des basses lourdes et des rythmiques très énergiques. Pionniers avec le groupe Outkast (d’Atlanta pour ceux qui suivent toujours) dans ce que l’on appellera un peu plus tard le dirty south et qui sature nos ondes depuis déjà quelques années. Au cours des cinq années de performance du groupe ils produiront trois opus, Still Standing fit suite à Soul Food, et la dernière contribution s’intitule World Party.

   C’est lors de la préparation de World Party que Cee-Lo décidera de quitter le groupe afin de se consacrer à une carrière solo, laissant derrière lui des titres inoubliables tels que “Cell Therapy”, “Soul Food” ou encore “Black Ice” sur lesquels Cee-Lo assure les refrains et quelques couplets. Après la séparation du groupe, Goodie Mobb se réunira sans Cee-Lo pour One Monkey Don’t Stop No Show, disque qui soufflera sur les braises encore chaudes d’une rupture mal digérée par les forces en présence. Cependant, les Goodie Mobb se défendront d’avoir voulu offenser Cee-Lo, c’est l’industrie entière qui était visée et notamment la grande maison de disque Arista.

Cavalier seul

   Arista, parlons-en. Nous sommes en 2000, Outkast vient d’exploser les charts avec Stankonia album sur lequel figure l’immortelle Ms Jackson (et ses chats qui chantent...) et agite devant l’industrie du disque le drapeau d’Atlanta centre de toutes les attentions musicales. Dans le même temps, la soul retrouve un nouveau souffle porté par Alicia Keys, Jill Scott et Macy Gray.

   Toujours à l’affût d’une opportunité de s’en mettre plein les poches, de faire émerger de nouveaux talents, le patron d’Arista (L.A Reid) décide de lancer la carrière solo de Cee-Lo en lui permettant de produire son premier album: “Cee-Lo And His Perfect Imperfections” en 2002. A la surprise générale cet album ne sonne absolument pas comme tout ce qu’il avait pu faire jusqu’à présent: il ouvre une nouvelle voie, à mi chemin entre les sonorités contemporaines (Outkast...) et des sonorités bien plus classiques de la soul et du gospel. “Cee-Lo And His Perfect Imperfections” renverse les idées pré-conçues et apporte une contribution très particulière à une industrie du disque qui semble parfois cruellement manquer de créativité et fort logiquement ne rencontre pas le succès qu’on aurait pu lui prédire... trop novateur dirons certains, le public n’est pas prêt. Et malgré une très bonne promotion et un single renversant “Closet Freak” produit par Timbaland (qui était certes à cette époque un peu au creux de la vague) les ventes n’atteindront jamais les attentes.

images_3

   Je ne résiste pas à l’envie de partager avec vous la vidéo de ce titre qui révèle un peu la folie du personnage mais aussi tout son charme:

.

   Cet album est d’une incroyable richesse musicale et je vous recommande très chaleureusement le “El Dorado Sunrise” (Super Chicken)”, et je vous laisse vagabonder entre les thématiques explorées par l’artiste, parfois profondes, parfois légères mais toujours d’une musicalité déconcertante. Capable de se promener dans le domaine du gospel de sa voix légère et rugueuse il bascule aussi rapidement dans un rap endiablé, écorché, envoûtant...

Loin de manquer d’inspiration (et d’amis), Cee-Lo récidive deux ans plus tard avec “Cee-Lo Green Is The Soul Machine”, album sur lequel figure des invités de renoms aussi bien producteurs qu’artistes. Cet album s’inscrit dans la continuité du premier soutenu par des valeurs sûres (permettant un meilleur succès commercial): Timbaland, Jazze Pha, Pharrell, Ludacris, T.I. On retiendra que malgré les nombreuses collaborations cela reste un album 100% Cee-Lo Green... j’y reviendrai un peu plus tard.

Consécration

   C’est en 2006 que la carrière de Cee-Lo Green va connaître son plus grand tournant, au travers du projet Gnarls Barkley.
   En 1998, Cee-Lo Green rencontre Danger Mouse au cours d’un événement musical, suite à cette rencontre Danger Mouse (qui rappelons le a été est responsable du “Grey Album” mais aussi de quelques productions pour Gorillaz) laisse à Cee-Lo un petit échantillon musical de son travail et lui demande de l’appeler si un jour il est intéressé par un éventuelle coopération. Ils ne seront contacteront jamais jusqu’à ce que Cee-Lo soit contacté pour apparaître sur le remix du titre “What U Sittin’ On?” de Danger Mouse. C’est alors que commence le projet Gnarls Barkley entre les deux artistes qui verra la création d’un album commun “St. Elsewhere” et son tube intergalactique “Crazy”.

images_1

   Tournant artistique, parce que posé sur d’inamovibles bases, Cee-Lo s’aventure sur des thématiques perturbantes qui feront de Gnarls Barkley le projet le plus musicalement abouti de l’année 2006 dans le domaine (le décès de sa mère l’ayant plongé dans une profonde dépression dont les séquelles s’expriment très clairement dans les lyrics de l’album).

Cee-Lo Green Is The Soul Machine:
images

   Deuxième opus solo (et dernier en date) de l’artiste édité en 2004 chez Arista, Cee-Lo Green is The Soul Machine vient confirmer l’inégalable talent vocal de l’artiste mais aussi ses qualités de producteurs. Les producteurs parlons-en rapidement, on retrouve dans l’armada: Timbaland, Jazze Pha et Pharrell... aucun des trois n’est à présenter, ils font référence dans le domaine et apporte leur notoriété au service d’un album de qualité. Mais les meilleurs des trois restant... Cee-Lo lui même. Je ne suis pas vraiment enthousiaste à l’idée d’écouter un album qui regorge de participation extérieur, j’ai la sensation que l’artiste cherche à compenser un manque par une présence de stars (un peu trop présentes parfois). Ajoutons à la liste des présents les rappeurs T.I, Ludacris, et Goodie Mob. Le menu est riche, reste à savoir ce que l’on a dans l’assiette.

   L’emballage est une incitation au voyage. Sobre et légère, un fond de ciel bleu, des lunettes dans lesquelles se reflètent les multiples personnalités de Cee-Lo. Embarquons tout ensemble vers un voyage musical dont nous ne reviendrons pas indemne.

   L’introduction est brève, touchante, et d’un narcissisme propre à Cee-Lo. Petit entretien entre le fils et son père autoproclamé “The Soul Machine”. Pas de répit, Cee-Lo dans une atmosphère gospel vient défendre son titre à grand renfort de lyrics dynamite et d’un choeur à vous renverser de votre fauteuil. Le ton est donné, Cee-Lo vous délivre une énergie brute, positive et inédite, vous n’avez plus rien à faire, il est au commande. Chaque titre est une surprise. Vous pensez cerner le personnage, chaque titre vous rappelle sa créativité et sa puissance vocale.

   Arrivent assez rapidement les fruits des collaborations, celle produite par Pharrell Williams (des Neptunes) est un petit bijou. Loin de se laisser embarquer dans un univers qui ne lui correspond pas, Cee-Lo impose son style, ses paroles, ses rythmiques. Mention spéciale à “The Art of Noise”, avec son final en scat (génial), son texte poignant “And I Sing Because I’M Happy, and I Sing Because I’m Free”. On en redemande.   

   L’album avance à un rythme démentiel, et il n’y a pas d’autre choix que de se laisser porter. C’est alors, qu’arrive le titre phare de cet album “I’ll Be Around” produit par l’incontournable Timbaland (qui semble avoir perçu l’essence du personnage). Ce titre n’est autre qu’un “Closet Freak” bis, le retour des cuivres, des percussions si spécifiques au producteur, et une complicité indéniable entre les deux artistes.

   La présence des cuivres apporte à cet album une touche très soul, et pourtant les rythmiques y sont parfois hip-hop, rythm & blues, inclassable. Comme tout album soul qui se respecte le thème de l’amour est présent mais pas récurrent, “The One”, “I’ll Be Around”, “My Kind Of People”. On surprend Cee-Lo à chanter, rapper, assurer lui même les choeurs, il est partout et à chaque fois d’une manière différente. La perle est cependant à chercher un peu plus loin. Les cuivres sont là, les percussions feutrées et la basse funky se fait discrète, “All Day Love Affair” est une merveille. De celle que l’on écoute le matin au réveil pour être à coup sûr de bonne humeur, où que l’on écoute pour se rappeler simplement à quel point la vie est délicieuse. Ce morceau ne s’écoute pas, il se savoure du bout des oreilles. Chaque ingrédient est instillé dans une quantité qui frise la perfection, l’harmonie et l’alchimie. Cee-Lo n’est pas en reste, en démontrant que entre tous ses talents, le plus développé est sûrement l’art de la soul, crooner, séducteur... Ambiance que l’on retrouve dans le dynamique “When We Were Friends”, un pur hymne à la musique.
   Finalement, c’est sur “Let’s Stay Together”, qui n’est pas sans nous rappeler le titre du très grand Al Green, que Cee-Lo nous livre encore une facette de sa recette soul. Sensuelle, riche et touchante. Avec l’aide de Pharrell, à la production et sur le refrain, on se laisse envahir par la voix pénétrante et une rythmique qui nous ramène dans le Memphis des années 70. Nous sommes ici et là, dans cette ambiance neo-soul réinventée, et nous assistons impuissant à cette démonstration de sensualité (d’érotisme?) qui ne laissera personne indifférent (“Die Trying”).

images_2

   Le hip-hop n’est jamais loin, mais pas forcément comme on l’attend. En effet, Cee-Lo nous propose un rap d’un autre monde, et dans son jardin d’enfants, les autres sont bien obligés de s’adapter. Ludacris accompagne avec aisance un Cee-Lo déchaîné sur “Child Playz”. On le retrouve omniprésent sur une instrumentale psychédélique presque exclusivement composé de basses et de xylophones. Arrive le couplet de Ludacris et il donne l’impression de calmer la donne, avant que Cee-Lo reprenne les choses en main et nous envoie un dernier couplet stratosphérique. Mais à Luda d’être passé...

   Il y a de ces morceaux sans équivalent. L’album en est truffé. Cee-Lo multiplie les références. “Selling Soul” commence comme un classique funk, l’instrumental nous replonge dans les péripéties de Shaft alors que Cee-Lo ne chante ni rappe mais parle. Succède la deuxième partie, dépouillée, riche en texte, presque lugubre. En quelques minutes il jette un certain malaise. L’auditeur est perdu, où allons-nous donc?

   Cee-Lo Green nous livre son univers, ses personnalités, parfois joyeuse, lugubre, complexe. Un deuxième partie du disque est consacrée à des titres que l’on peut relier à la partie Goodie Mob, celle d’un hip-hop du sudiste musclé et énergique. “Evening News”, “Glockappella”, “Scrap Metal” sont là pour nous rappeler que du chemin a été parcouru mais que l’artiste reste fidèle à ses valeurs.

   La dernière piste file, et la première chose que l’on souhaite c’est appuyer de nouveau sur la touche “Lecture”. Le plat est riche, le plaisir est intense, la gourmandise est de guise. On veut être sûr de ne pas en perdre une miette. Cee-Lo Green, homme élastique, nous a envoûté, touché, ému, bouleversé... Quelques soient les sentiments qui vous ont traversé, vous n’aurez qu’une envie, en savourer encore et encore.

Posté par shakakinte à 17:16 - Evasions - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=357580&pid=7015111

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :