Musicology

Internal vibrations.

02 novembre 2007

Tribute To Marvin Gaye

Cet article me tient particulièrement à coeur dans la mesure où il concerne un artiste qui me fascine. Il me fascine pour de nombreuses raisons, par sa complexité car au travers de sa musique il a essayé de dévoiler toutes ses facettes même les plus torturées, par son engagement en se battant contre les inégalités sociales, mais aussi par son pouvoir presque surnaturel sur les représentantes de la gent féminine (écoutez la version live de « Distant Lover » et vous comprendrez). Il est difficile de comprendre le travail de Marvin Gaye si l’on ne connaît pas sa vie…

Marvin Gaye

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Artiste mondialement connu grâce à son titre « Sexual Healing » l’ensemble de son œuvre reste pourtant méconnu du grand public. C’est la raison pour laquelle j’ai ce mois-ci décidé de dédier ma rubrique à cet immense artiste qu’est Marvin Gaye.

Marvin Gaye est l’un des artistes les plus talentueux, visionnaires jamais lancés par la Motown (label noir américain ayant lancé des artistes comme les Jackson 5, Diana Ross, Stevie Wonder, Boyz II Men..). Marvin Gaye est l’un des artistes qui a participé à l’évolution de la musique noire américaine, musicalement mais aussi politiquement. Ambassadeur d’un R&B plutôt propre sur lui mais très intense, il a ensuite évolué en chanteur de Soul music sophistiquée et profondément impliquée politiquement, livrant dans chaque chanson une partie de lui-même. Son travail n’a pas seulement redéfini la soul music en tant que puissance créatrice mais aussi étendue son impact en tant qu’acteur d’un changement social.

Marvin Pentz Gay, Junior (à l’instar de son héro Sam Cooke, Marvin a ajouté un « e » à la fin de son nom de scène) est né le 2 Avril 1939 à Washington, D.C. Le deuxième des trois enfants de la famille du révérend Marvin Gay Senior, qui officiait dans la « Maison de Dieu », une secte chrétienne très conservatrice qui mêlait des éléments de l’orthodoxie, du judaïsme et qui imposait un code de conduite très stricte à ses adeptes puisque les vacances étaient interdites. Le jeune Marvin commença à chanter à l’âge de trois ans à l’église, et devint rapidement le soliste du chœur. Plus tard il se mit au piano et à la batterie, et la musique devint l’échappatoire des cauchemars quotidiens que lui faisaient endurer son père qui le battit durant toute son enfance.

Après avoir obtenu son baccalauréat, Gaye s’enrôla dans l’US Air Force ; et à la fin de son temps de service retourna à Washington et commença à chanter dans des groupes de plus ou moins bon niveau, occasionnellement il se joignit au « Rainbows » qui semblaient rencontrer un succès local assez important. Avec l’aide de leur mentor Bo Diddley,, les Rainbows sortirent un single sur le petit label Okeh, ce qui leur permit d’attirer l’attention de chanteur Harvey Fuqua, qui en 1958 recruta le groupe pour assurer les backgrounds vocaux de son prochain album, les « Rainbows » devinrent les « Moonglows ».
Après avoir déménagé sur Chicago, les Moonglows enregistrèrent quelques titres pour « Chess », inclua le superbe « Mama Loocie » en 1959. Lors d’une tournée dans le MidWest des Etats-Unis, le groupe se produisit à Detroit où Marvin Gaye l’élégant ténor et ses trois octaves vocaux gagna l’intérêt de Berry Gordy Jr qui le signa à la Motown en 1961.

Il débuta sa carrière à la Motown en devenant le batteur occasionnel de Smokey Robinson & The Miracles, LA star de la motown de ce début des années 60. A l’occasion d’une session d’enregistrement il fit la connaissance de la sœur de Gordy, Anna qu’il épousa en fin d’année 61. Essayant de lancer sa carrière solo, Marvin Gaye travailla énormément pour trouver sa voix et plusieurs titres furent de cuisants échecs. Finalement c’est à la quatrième tentative qu’il parvint à se faire remarquer avec le titre « Stubborn Kind Of Fellow » en 1962. Le succès arriva en 1963 avec « Hitch Hike » et surtout « Can I Get A Witness » qui reste comme le premier grand tube de Marvin Gaye, se classa dans le Top 30.
Il enchaîna la même année avec « Pride and Joy », qui se placa dans le Top 10. Gaye se vit endosser le rôle de chanteur R&B policé, et son désir était de devenir un crooner délivrant de suaves et romantiques ballades, allant à contre courant de la politique de la Motown qui n’avait pour priorité de classer ses artistes dans les sharts. Et cette bataille entre les exigences de la Motown et ses désirs artistiques allait continuer de la tirailler pendant encore de nombreuses années.

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Avec « Together » (1964), une compilation de titres en duo avec la chanteuse Mary Wells, Gaye sortit son premier album à succès puisqu’il fût classé dans les sharts, cet album contenant quelques perles « Once Upon A Time », et « What’s The Matter With You, Baby ? » qui rencontrèrent un vif succès. Mais poussé par le désir de donner à sa carrière solo un élan significatif, Gaye continua d’enregistrer des titres dont « Ain’t That Peculiar », « I’ll Be Doggone » et « How Sweet It Is » qui se classèrent de le Top Ten dès leur sortie en 1964 et restent des classiques de l’artiste. Au total, au cours de l’année 1965 il plaça 39 de ses titres dans le très « select » Top 40 de la Motown, et beaucoup de ces titres avaient été écrits et arrangés par ses soins. Avec Kim Weston, le deuxième de ses plus importants partenaires vocaux il signa « It Takes Two », un titre dont la profondeur n’a d’égal que la pureté de la voix de cet artiste hors du commun.

Quoiqu’il en soit ses plus beaux duos furent enregistrés avec Tammi Terrell, avec laquelle il signa une grande série de hits tels que « Ain’t No Mountain High Enough », « Your Precious Love » suivi en 1968 de « Ain’t Nothing Like The Real Thing » et « You’re All I Need To Get By » (tous présents sur le Best Of de l’artiste sorti en 2002). Mais cette combinaison magique connut une fin tragique puisque en 1967 lors d’un concert en Virginie, Tammi s’effondra dans les bras de Marvin Gaye. Atteint d’une tumeur au cerveau, elle fut contrainte de mettre fin à sa carrière et s’éteignit le 16 Mars 1970. Sa maladie et sa disparition affectèrent profondément Marvin Gaye qui renoua avec le succès en 1968 avec l’un des plus beaux titres qu’il n’ait jamais chanté « I Heard It Through The Grapevine ».

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En même temps, Marvin Gaye fut confronté à de nombreux problèmes personnels notamment son mariage qui peu à peu sombrait. Il trouvait aussi que les exigences de la Motown était de plus en plus déphasées par rapport à la réalité des changements que connaissait la nation depuis quelques années. C’est la raison pour laquelle après avoir émis « Too Busy Thinking About My Baby » et « That’s The Way Love Is », il sortit volontairement du système pendant l’année 1970. Il refit surface en 1971 avec l’album autoproduit « What’s Going On ? » , qui abordait des sujets profonds et venait musicalement trancher avec ce que Marvin Gaye avait pu faire jusqu’à présent. Cet album changea à jamais la face de la musique noire américaine. Musicalement il donna aux percussions une grande importance en laissant la part belle à des compositions très jazzy, ce qui produisait un son remarquablement fluide et très « soulful ». « What’s Going ? » est la pièce maîtresse de l’œuvre de Marvin Gaye, qui dévoila les croyances les plus profondes de l’artistes et reste un témoignage poignant de l’engagement politique de l’artiste contre la pauvreté, la discrimination, la consommation de drogue, la corruption des hommes politiques (alors que nous sommes en pleine Guerre Froide…). L’un de ses titres phares concernent la guerre du Vietnam, dans lequel il adopte, sous la forme d’un témoignage, le point de vue de son frère Frankie lui-même soldat récemment revenu du front.
L’ambition et la complexité de « What’s Going On ? » mirent une claque à Berry Gordy qui initialement avait refusé de diffuser l’album ; et il finit par céder bien qu’il reconnut ne pas comprendre le sens de cet album ( ???). Gaye jubila lorsque le titre « What’s Going On » extrait de l’album de même nom vint se classer deuxième des sharts de l’année 1971, suivit la même année de « Mercy Mercy Me (The Ecology) » et « Inner City Blues (Make Me Wanna Holler) ». Le succès de cet album permit à Gaye de garder le contrôle de son travail sur les albums suivants et permit à d’autres artistes de la Motown d’obtenir plus de libertés artistiquement, ou alors comme Stevie Wonder de prendre le contrôle de leur avenir musical.
C’est ainsi que 1972, Gaye changea encore de direction acceptant de tourner le policier (purement blaxploitation) « Trouble Man ». Le bande original de ce film fût axée sur un effort instrumental plus que vocal, révélant l’intérêt croissant de l’artiste pour le jazz.

L’érotisme de son œuvre atteint son paroxysme en 1973 dans l’album on ne peut plus explicite « Let’s Get It On », un des plus albums les plus chargés en connotations sexuelles jamais enregistré par l’artiste jusqu’à présent. Cet album est un intense travail de luxure et de désir, et il devint l’album qui rencontra le plus grand succès commercial de toute sa carrière. « Let’s Get It On » marqua également un autre changement dans l’évolution des textes de Marvin Gaye, passant de son intense engagement politique à des textes profondément personnels souvent introspectifs. Après avoir travaillé avec Diana Ross pour une série de duo en 1973, il se concentra ses efforts sur un nouvel album solo « I Want You » (popularisé sur l’album du chanteur R&B Montell Jordan dans son album « Let’s Ride »). La sortie de cet album dut être repoussé à cause de la procédure de divorce engagée par sa femme au cours de l’année 1975. La dissolution du mariage plongea Marvin Gaye dans une spirale infernale, et il passa la plus grande partie de son temps au tribunal au cours des années 70. Pour palier l’absence de Marvin des studios, la Motown sortit un album Live en 1977, qui lança le très disco (et purement commercial) titre « Got To Give It Up » (repris avec succès par Aaliyah sur son album « One In A Million »).

Le jugement de la cours contraignit Gaye à payer des substantifiques indemnités à sa femme, ce qui l’obligea à sortir un nouvel album dont toutes les royalties seraient reversées à son ex femme. En 1978 il sortit donc un double album intitulé « Here » et « My Dear » qui abordaient tous les deux sa tumultueuse relation de couple, à tel point que son ex femme estima que ces albums représentaient une entrave à se vie privée (c’est dire…).
En temps, Marvin se remaria et commença l’écriture d’un nouvel album « Lover Man », mais se projet échoua. En effet le single « Ego Tripping Out » (qui fut le titre le plus personnel de Marvin dans lequel il livrait les deux parties de lui-même : l’aspect spirituel et l’apect sexuel) reçut un accueil très froid de la part du public ce qui provoqua l’annulation de l’album.
Ses problèmes de drogue grandissant, son mariage avec sa nouvelle femme Janis commença à battre de l’aile, il déménagea alors à Hawaii dans l’attente de se sortir de ses affaires personnelles.

En 1981, ses difficultés financières persistant, et la pression du fisc américain se faisant de plus en plus pesante, Gaye s’exile en Europe où il commence à travailler sur l’ambitieux projet « In Our Lifetime » qui est une profonde réflexion philosophique, ce projet attise les tensions en Gaye et la Motown déjà exacerbées par l’édition par la fameuse major d’un album de remixes de l’artiste sans son consentement. De plus, Gaye fait souligner que ces remixes altèrent nettement la qualité de son travail, et ne sont qu’une parodie de sa propre musique. Par conséquent il file chez l’ennemi… c'est-à-dire Columbia en 1982, bien que son comportement soit du plus en plus erratique, il continue de se battre contre sa dépendance à la cocaïne et fait un retour triomphant grâce à l’album « Midnight Love », et s’assure les grâces du public en signant le superbe « Sexual Healing ». Ce titre permit à Marvin Gaye de revenir sur le devant de la scène, et en 1983 il se réconcilia avec Berry Gordy en apparaissant à un show télévisé célébrant l’anniversaire de la Motown. La même année, il interpréta l’hymne national américain lors du All Star Game (match de Gala regroupant les meilleurs joueurs de la ligue de basketball américain), cette interprétation de « Star Spangled Banner » fût sûrement l’une des plus controversées mais aussi légendaires que l’on n’est jamais eu à entendre. Cette apparition scénique fut la dernière de Marvin Gaye.

En effet, les lumières de la scène, et son retour à la popularité le firent replonger dans la cocaïne ; et finalement ses démons le contraindrent à refouler le sol américain, où il emménagea au domicile de ses parents afin de reprendre le contrôle de sa vie. Tragiquement, son retour à la maison ne fit qu’exacerber cette spirale qui le plongea dans une grave dépression, et Gaye menaça de se suicider à de nombreuses reprises. Finalement, le 1er Avril 1984 la veille de son 45e anniversaire, une violente querelle éclata entre son père et lui, et suite à cette altercation Marvin Gaye Senior abattit son fils d’un coup de fusil.
La mort de l’artiste provoqua instantanément une réévaluation de son travail, et le grand public redécouvrit avec plaisir l’album « What’s Going On ? », qui reste l’un des albums les plus marquants de la Soul / R&B moderne. C’est en 1987 qu’il entra au « Hall Of Fame » des stars de la musique, il avait ainsi gagné sa place au panthéon auprès de plus grands.

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06 octobre 2007

Al Green - I can't stop

 

"Je voulais que ce disque soit à la fois soul et pop"

 

L’homme, sa vie, son oeuvre

    Al Green a été le premier chanteur de soul des années 70, et reste indiscutablement le dernier grand chanteur de Soul du sud des Etats-Unis. Avec ses titres très sensuels du début des années 70.    Al Green a réalisé la connexion entre la musique Soul traditionnelle et une Soul plus douce prenant ses racines à Philadelphie (pour mémoire aujourd’hui la  Soul music continue à vivre principalement grâce à des artistes comme The Roots, Musiq Soulchild, Erikah Badu...)

    Il a intégré à sa musique des éléments de gospel, disposant d’une voix reconnaissable entre tous, et ses disques sont aujourd’hui autant reconnus pour leur production élégante alliant des chœurs sexy que pour leur cuivre toujours de grande classe. En parlant de production, on ne peut pas parler d’Al Green sans parler de son producteur, l’homme sans lequel il ne serait rien j’ai nommé Willie Mitchell le charismatique producteur de chez Hi Records. Willie Mitchell a fait d’Al Green l’un des chanteurs de Soul Music les plus populaires et les plus influants, influençant ses contemporains mais aussi des chanteurs déjà bien installés dans la légende, je pourrais nommer Marvin Gaye.

    Al Green mit fin à sa carrière alors qu’elle en était à son paroxysme, pour rejoindre les ordres… Cela n’a rien d’une blague, Al Green mit fin à sa carrière à la fin des années 70 pour devenir pasteur à Memphis. Au début de sa précoce retraite, il continua à enregistrer quelques disques mais à partir des années 80 il se consacra uniquement à la musique gospel. Il essaya de faire un petit retour dans le R’n’B sans grand succès.

    La musique d’Al Green grâce à sa force a marqué à travers les âges et nombreux sont les titres qui sont devenus de grands standards de la  musique noire américaine : voici son histoire.

 

Une ascension fulgurante…

 

Al Green est né à Forest City en 1946 dans l’Arkansas, où il a formé son premier quartet de gospel qui s’appelait The Green Brothers (à l’instar des Jackson et des Isley pour ceux qui suivent un peu ma chronique) à l’âge de neuf ans. Le groupe a effectué de nombreuses tournées dans le sud des Etats-Unis au cours des années 50 avant que sa famille ne décide de déménager dans la ville de Grand Rapid dans le Michigan. The Green Brothers ont continué à se produire dans la région de Grand Rapid mais le père retira Al du groupe lorsqu’il le surprit à écouter un disque de Jackie Wilson (qui pour les profanes a des paroles plutôt suggestives). A 16 ans, Al forma un groupe de Rythm and Blues, Al Green & The Creations, avec quelques amis du lycée et se fait remarquer par Jackie Wilson.

    Plus tard, deux membres du groupe, Curtis Rogers et Palmer James fondèrent leur propre label indépendant : Hot Line Music Journal, et produirent le groupe sur leur label. A cette époque, The Creations décidèrent de changer de nom pour le très « sexy » Soul Mates. Le premier single du groupe fut « Back Up Train » qui fut un véritable succès dans les charts, créant une véritable surprise en se plaçant à la cinquième place du charts R&B en 1968. Ils ont tenté de renouveler l’expérience mais hélas sans succès.

    En 1969, Al Green fit ce que l’on peut appeler la rencontre de sa vie, en effet il rencontra le vice-président du label Hi Records un certain Willie Mitchell trompettiste de formation.

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Impressionné par la voix vibrante d’Al Green alors qu’il était en tournée dans le Texas. Il signa alors le chanteur sur son label Hi Record (pour ceux qui ont un peu du mal à suivre) et commença la collaboration avec Al sur son premier album solo.

Sorti au début des années 70, le premier album d’Al Green intitulé « Green Is Blues » fut une véritable révolution musicale dans la mesure où il alliait la puissance des cuivres (spécialité de Willie Mitchell), la douceur des cordes à la suavité de la voix d’Al Green.

Pourtant ce premier album ne reçut pas le succès escompté, il reçut un accueil toutefois chaleureux par les critiques. Ce qui préparait le terrain pour l’album suivant (alors là sortez le surligneur car cet album vous vous devez de l’écouter), « Al Green Gets Next To You » (1970) incluant le cultissime titre « Tired Of Being Alone » (repris plus tard par des écossais nommés Texas) qui deviendra quatre fois disque d’or (excusez du peu…). « Let’s Stay Together » sorti en 1972 va asseoir la popularité d’Al Green, cet album devint numéro 8 des charts, et le titre « Let’s stay together » (que chacun de vous connaît car ce titre a été permis à une jeune artiste talentueuse de lancer sa carrière : Tina Turner, et ce titre est présent sur la  BO de Pulp Fiction) fut le premier single numéro  1.

Quelques mois après, il récidive avec « I’m Still In Love With You » qui rencontre un succès identique à l’album précédent contenant les single « Look What You Done For Me » et « I’m Still In Love With You ».

En 1973, Green est connu et reconnu comme un réel faiseur de hits incontestable, et un artiste dont la qualité est toujours constante puisque M. Al Green ne fait que de l’excellente musique. Jusqu’en 1975, il enchaîne les tubes, je peux vous citer « Call Me », « Here I am » and « Sha-La-La ». La recette est toujours là même, les cuivres et son exceptionnelle voix qui vient vous chercher au plus profond de vous-même.

 

 

Un tournant tragique dans sa carrière…

 

En octobre 1974, Al Green fut attaqué par sa propre fiancée qui le brûla au 3e degré avant de se donner la mort. Green survécut et interpréta cet événement comme un signe de Dieu, qui selon lui le rappelait dans les ordres. En 1976, il achète une chapelle à Memphis et devient pasteur. Bien qu’il soit devenu pasteur, il ne s’arrête pas de chanter et continuer à enregistrer quelques albums toujours produit par Willie Mitchell « Al Green Is Love » (1975), « Full Of Fire » (1976), « Have A Good Time » (1976).

Mais les gens commençaient à se lasser de ses sons qui devenaient de plus en plus convenus et à partir de 1976 les ventes d’album commencèrent à chuter. C’est la raison pour laquelle il décida de se séparer de Willie Mitchell en 1977 et construisit son propre studio qu’il appela très sobrement American Music. Le seul album qu’il enregistra sous ce label est « The Belle Album » un album bien plus intime que les précédents mais fut un véritable échec. Puis en 1979, à la fin d’un concert à Cincinnati Al Green se blessa très grièvement. Interprétant ce signe comme un signe de Dieu (encore une fois), Green se retira définitivement de la musique pour se consacrer essentiellement à la religion. C’est la raison pour laquelle les albums qu’il enregistra lors des années 80 furent essentiellement des albums de gospel. On peut noter la collaboration en 1982 avec Patti Labelle sur l’album Your Arms Too Short To Box With God.

En 1985, il se réconcilie avec Willie Mitchell pour « He Is The Light » un album toujours aussi Gospel.

Mais Green revint à ses premiers amours en 1988, en chantant « Put A Little Love In Your Heart » avec Annie Lennox (la chanteuse des Eurythmics… Sweat dreams are made of these…). Quatre ans plus tard, il enregistre son premier album R&B depuis 1978 qui ne restera pas vraiment dans les annales. Puis en 1995, il sort un nouvel album « Your Heart’s In Good Hands » qui ne reçoit pas l’accueil attendu.

En 2003, Al Green se remet sérieusement au travail en compagnie de son ami Willie Mitchell pour un album très attendu intitulé « I can’t stop »…

 

« I can’t stop » par Al Green (2003)

 

A 57 ans, le rI_cant_sto_m871861évérend Al Green a donc décidé de délaisser sa paroisse de Memphis pour enregistrer un nouvel album au studio Royal Recording. Derrière les manettes, on retrouve le légendaire producteur Willie Mitchell, responsable des plus grands disques du chanteur: Gets Next to You, Let's Stay Together...

Pour son 1er album publié chez Blue Note (Label de Blues et de Jazz très célèbre ayant signé Norah Jones mais encore bien d’autres vedettes comme Anita Baker, Miles Davis, Chet Baker…) Al Green signe un chef d'oeuvre de toute beauté. Avec l'aide de Mitchell, il parvient à recréer ce son sexy et sophistiqué qui a fait sa légende. Sa voix brille à nouveau de mille feux et on se laisse bercer par ces douze nouvelles compositions aux harmonies seventies. Avec I Can't Stop, Al Green s'offre une cure de jouvence baignée de soul, funk et blues.

Bon voilà pour l’approche journalistique, maintenant ouvrons la boîte et concentrons-nous sur l’aspect artistique et émotionnel de l’œuvre.

Avant même d’avoir inséré le CD dans mon mange disque préféré, je m’arrête quelques minutes pour regarder l’emballage. Il est évident que le contenant est moins important que le contenu mais il permet au moins d’annoncer la couleur… qui concernant cet album tend vers le jaune orangée, nous voilà donc replongé dans les 70’s, la pochette est simple mais efficace, un petit peu psychédélique.  Au dos, sa seigneurie pas de fioritures le phare d’un magnifique cabriolet américain des années 70 ça ne s’invente pas.

Bon je ne tiens plus, il faut que j’écoute le CD, je le connais par cœur mais je ne m’en lasse pas.

Pour donner un rapide aperçu, je serais bref, le grand Al Green est de retour et il vous le fait savoir !

Le premier titre « I can’t stop » attaque directement à la batterie et aux cuivres : le ton est donné. Et après 20 petites secondes d’introduction votre souffle s’arrête, vos pouls s’accélère vous rentrez en communion avec le maître de la musique soul......et tout d’un coup vous comprenez son pouvoir : sa voix. Après une si longue absence, j’avais fini par l’oublier mais sa voix est une véritable perle qui vient vous prendre au plus profond de vous-même. « I can’t stop » est un titre à double sens dans la mesure où l’on se doute bien qu’après plus de 30 ans de silence ça devait bien le démanger de revenir en studio, mais c’est aussi une magnifique chanson d’amour qui vient directement s’inscrire dans la lignée de « Let’s stay together ».

Les cuivres sont vraiment la clé du succès de cet album, chaque piste est une véritable surprise auditive, ça me rappelle la grande époque du funk après les cuivres d’Earth Wind and Fire, mais dans le cas présent l’ambiance est plus feutrée, plus « smooth » comme on dit au pays de l’Oncle Sam. Et les cuivres sont présents sur des jolies ballades rythmées par une batterie toujours efficace et des cuivres omniprésents (vous savez Willie Mitchell trompettiste de formation…). Je pense par exemple à « Play To Win » ou les cuivres apparaissent lorsque Al reprend son souffle.

Parfois, ce sont des cordes qui viennent pimenter la sauce, sur la piste 4 intitulée « I’ve been waitin’ you », on retrouve une rythmique funk, très propre qui vient supporter les cuivres et l’inévitable batterie. Cette alchimie musicale est plus qu’un bonheur c’est une invitation au voyage, vous êtes propulsé dans cette Amérique des années 70 au plein cœur du Tennesse roulant dans cette magnifique décapotable, un sourire niait sur vos lèvres vous êtes heureux, Al Green vous porte. Alchimie, je l’ai dit, alchimie je le répète parce que pendant ces 53 minutes et 33 secondes on ne s’ennuie à aucun moment, chaque piste est une véritable surprise qu’on prend plaisir à découvrir puis découvrir de nouveau. Car il y a toujours un petit détail que vous n’aviez pas remarqué, ainsi sur la piste « Million to One », la batterie annonce le rythme appuyée par des maracas, à Memphis ils sont vraiment très forts ! Une minute, vous fermez les yeux, vous y êtes de nouveau dans votre costume assis au volant de votre cabriolet, vous écoutez, non, vous savourez Al Green qui chante l’amour. Car rappelons le Al Green chante Dieu le dimanche mais sur cet album il chante l’amour, un amour frais, un amour heureux.

Ce qui m’a frappé lors des premières écoutes c’est l’absence de backgrounds vocaux, parce que dans la majorité des disques actuels, il y a des backgrounds pour palier un peu la légèreté de la voix de l’artiste. Dans ce disque, il y a très peu de voix d’accompagnement car Al Green a une présence vocale écrasante, c’est incontestable. Toutefois, sur « I’d Still Choose You » il est accompagné très justement c'est-à-dire juste assez mais pas trop, et la magie prend encore et toujours.

Deux titres sont un peu atypiques sur cet album, ce sont « It’s rainin’ in my heart » et « Not tonight », qui sont nettement plus lentes et nettement plus tristes. Et croyez moi, lorsque Al Green décide de transmettre une émotion, vous vous asseyez et vous vous laissez bercer.

Car ces deux chansons chantent l’amour, mais un amour nettement moins gai.

Et lorsque je vous disais que la musique est émotion, ces deux chansons sont les illustrations parfaites de ma théorie. Sur « It’s rainin’ in my heart », l’introduction et l’accompagnement au piano effacent un peu les cuivres et les cordes (pourtant présents) pour un titre d’une pure beauté. A la première écoute, ce titre m’a pris au plus profond de moi-même… Le looser qui sommeille en moi essayait de mettre des images sur ce son : et voilà ce que j’ai vu. L’eau coulant sur mes joues, une fille qui s’éloigne, la solitude, on a cette incommensurable sensation de vide, Al Green vous plonge dans un romantisme que vous ne soupçonniez même pas en vous. Pour « Not tonight » la recette est exactement la même, l’introduction se fait au piano c’est pas du Bach mais c’est tout de même terriblement efficace, les cuivres assurent l’ambiance, et toujours cette voix qui vient vous arracher une larme…

 Alors que j’écris, je m’interroge sur ce qui fait l’originalité de cet album et de cet homme, et je crois que j’ai trouvé. Ca va plus loin que la musique, ça touche cette part de vous qui est resté un peu naïve, je vous parle de romantisme, évidemment pas des histoires fleur bleue dont vous matraque Hollywood. Non, je vous parle du romantisme, dans toute sa beauté, Al Green transcende l’amour, il lui donne sa voix et on a envie d’y croire, de s’y abandonner. Je crois que j’aborde le cœur de mon sujet, la musique est ici bien plus que des fréquences, du bois, des cuivres, c’est un message qui vient vous prendre au plus profond de vous, dont vous êtes le seul destinataire car chacun lis le message de manière différente. Je sens bien que j’abandonne à des divagations qui s’éloignent nettement du domaine musical mais voilà la vraie magie de la musique !

Puisqu’il faut conclure, je dirais que Al Green a signé en 2003 un retour extraordinaire grâce à « I can’t stop ». Il a montré que la soul music était toujours en vie et qu’il en était l’une des légendes vivantes. Il est surprenant que de telles sonorités puissent encore nous surprendre à l’heure où les productions Soul/ R’n’B s’électronisent et se complexifient au possible. On revient avec cet album aux racines de la soul music, des instruments (qui l’eut cru), une voix, des textes… une émotion. Alors embarquez avec Al Green sur le « Love Boat » et laissez vous envahir par la pureté de la sensibilité d'un dieu vivant.

Posté par shakakinte à 14:05 - Soulful - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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